gruyeresuisse

19/02/2017

Pieter Hugo : dévisager l’évidence

Pieter Hugo 2.jpgLa question de l’être passe souvent par le visage. Il reste l’interface majeure entre soi et le monde. Néanmoins le portrait ne se réduit pas à l’addition de ses éléments « utilitaires ». Il dépend d’autres paramètres (dont le racisme abuse au besoin). Si bien que dans sa manifestation le portrait reste toujours énigmatique. C’est pourquoi il fascine les peintres et les photographes. Un visage peut sembler le plus fort il est le plus vulnérable. Le sens commun le sait d’ailleurs bien lorsqu’il parle de « perdre la face ». Ajoutons qu’il s’agit du seul endroit où en société le corps est nu.

Pieter Hugo.jpgPour autant cette nudité est un voile. Pieter Hugo le prouve. Ses photographies sont des “Dépêches périphériques” qui sortent des lieux hors-norme, inconfortables. Le photographe par le visage explore les marge où les normes s’écroulent mais où la vulnérabilité, la dignité, la beauté ne s’excluent pas mutuellement. Et ce en Afrique du Sud et au Rwanda, à San Francisco ou Pékin. Dans ses photographies un trait noir peut venir souligner des rondeurs ou approfondir des joues haves. Chaque prise est le creuset où un visage et un corps surgissent métamorphosés. Pieter Hugo ne tente pas de re-montrer une identité mais de la réinventer

Jean-Paul Gavard-Perret


Pieter Hugo, "Peripheral Dispatches", Du 11 février au 15 avril 2017, Galerie Priska Pasquer, Cologne.

 

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18/02/2017

Michel Tournier ou l’habileté littéraire

Tournier.jpgMichel Tournier, « Romans suivis de Le Vent Paraclet », édition établie par Arlette Bouloumé, La Pléiade, Gallimard, Paris, 2017.

Souvent les romans de Michel Tournier mettent en scène des personnages venus de vieux livres d'images qui firent jadis le délice de l'enfance : l'ogre du Roi des Aulnes, les frères jumeaux des Météores, le Robinson de Vendredi ou les Limbes du Pacifique. Par ailleurs certains contes de l’auteur ont été publiés en collections pour enfants. Et l’auteur a même a récrit son « Vendredi » pour la jeunesse. Toutefois entre ces deux versions ne se produit pas une édulcoration mais un travail d’approfondissement du projet.

Tournier 2.pngLe romancier est donc celui de la métamorphose des mythes et de l’écriture dans le but de toucher un jeune public. Ce fut pour lui « l’ambition sans mesure » car elle impose la perfection. Mais peut-on parler pour autant de clarté ? L’ambition dont parle Tournier est sans doute plus trouble et plus profonde qu’il n’y paraît. Manière de contourner bien des dogmes en feignant de les respecter. A l'interdit d'interdire fait place sous couvert de clause de sauvegarde, l'impossibilité habilement déviée du moindre faux pas, là où les sujets sont toujours délicats.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Luc Cramatte : souvenirs des maisons mortes

Cramatte.jpgJean-Luc Cramatte, « Culs de Ferme », Patrick Frey, Zurich, 2017, 280 p., 70 E..

Jean-Luc Cramatte poursuit un travail original en créant une tension permanente entre tradition et évolution. Pour lui la vie véritable n’est pas dans un ailleurs. Elle est dans notre banalité ordinaire, un peu dérisoire. Pour l’illustrer l’artiste fait un inventaire de photographies paysagères en Suisse et en France. Il crée un mixage de clichés originaux et des vieilles photographies personnalisées par le pinceau et le feutre. Cramatte 3.jpgFaçonnées en séries les œuvres comblent les béances d’une mémoire collective peu intéressée par les êtres et les lieux anonymes. Mais soudain, dans de tels hors lieux, une magie fonctionne. Plus nous regardons de près les images, plus elles nous regardent. Reste cependant à tirer des bords face au vent désordonné de cette vision ironique et critique sur la ruralité ou ce qui en reste.

Cramatte2.jpgLa nostalgie n’est pas le propos du natif de Porrentruy. Ce qui l’intéresse est de chercher comment pousser ses interventions graphiques dans les fins fonds de la matérialité physique de l’image, du côté de l’abstraction mentale sans la réduire à une intellectualité de l’émotion. Sa poésie met donc les pieds dans le plat, remue le couteau dans la plaie mais elle est aussi porteuse de sens. Elle reste ouverte et riche de lieux singuliers et universels. En ce sens Jean-Luc Cramatte demeure un baroque. Le choix syntaxique ne signe pas une mise au tombeau du passé campagnard mais une résurrection et une insurrection en « feu tout flamme » de l'empêtrement dans lequel une certaine postmodernité nous attrape.


Jean-Paul Gavard-Perret

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