gruyeresuisse

13/01/2017

Danila Tkachenko : vigie et abandon

Tchachenko 2.jpgDanila Tkachenko, « Restricted Areas », Skopia, Genève du 20 janvier-11 mars 2017. Livre éponyme : Dewi Lewis Publishing 80 p.

 

 

 

 

Tchachennko 3.jpgLe monde ne sert plus de fond aux photographies de Danila Tkachenko. Si bien qu’elles semblent sorties d’un rêve, des limbes ou d’une temporalité d’un ordre original. Tout reste auroral et ne subit aucune souillure même si les objets sont en désuétudes. L’artiste crée une perturbation et une lutte obscure contre l’ordre établi. Les éléments flottent de manière impromptue.

Tchachenko.jpgCette situation est réitérée d’une œuvre à l’autre. Nous sommes dans la communauté d’un royaume entre vie et mort. Il s’agit d’entrer en un sommeil du monde sans encore rêver de ce qui pourrait s’imaginer là où rôde la catastrophe ou à l’inverse la quiétude. Le réel ne coïncide plus totalement avec ce qu’il est. Existe à la fois un abandon et un lieu de vigie. La métaphysique contamine la physique, l’ailleurs l’ici, l’hier le maintenant. La photographie est donc bien différente d’une simple psyché. Le réel est menacé d’être submergé entre durée et abyme comme s’il s’agissait d’atteindre une limite non du néant mais de la continuité de la durée qui paraît soutenir tous les temps et lui résister là où ce qui reste prend un poids particulier.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Le blanc et le noir - Kathrin Kunz

Kunz.pngKathrin Kunz, « Nouveaux travaux », Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 21 janvier au 11 mars2017.

Dans tous les degrés de noir et de blanc Kathrin Kunz reprend le monde à partir de motifs photographiés qu’elle réinvente à travers un long processus de création. Il tient autant du faire que de la méditation par incorporation de poussière de graphite. Ses nouveaux travaux sur papier au format « paysage » se segmentent de ligne horizontales, verticales ou en diagonales au sein d’une sorte de mouvement imperceptible.

Kunz 2.jpgUne limite entre la terre et la mer, le ciel et la terre demeure nette et les jeux de dégradation créent une profondeur. Elle est moins celle dite « de champ » que de bascule. Les séries (grandes ou petites) créent des jeux d’abîme où la vue se perd d’autant que la présence des lignes crée une géométrie de l’espace qui désoriente.
Tout un principe d’effacement désaffecte la vision de ses repères. Les « bas-fonds » sont des espaces immenses. L’inverse est vrai aussi. Rien n’est assuré dans la continuité de l’espace. Et si l’univers ne se connaît pas lui-même il est ici connaissable par personne.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/01/2017

Victoire Cathalan : magie recréatrice

 

Cathalan bon.jpgVictoire Cathalan, « Éléments », solo show, Espace L, genève Vernissage 19 janvier 2017

 

 

 

Cathalan.pngPour Victoire Cathalan, la surface des choses n’est pas seulement une apparence mais l’interface entre le visible et l’invisible. C’est pourquoi les notions de paysages ou de natures mortes sont métamorphosées dans son approche. La peinture y acquiert une sensualité particulière afin de redonner à l’art comme au réel un nouveau départ. Restent une fragilité dans la force, la force dans une fragilité loin de tout principe de narrativité. Le mystère est évident mais demeure un mystère. S’y ressent néanmoins combien la créatrice lutte contre le temps et sa dépression. C’est là que tout recommence. L’éveil laisse le souvenir d’un songe. Mais il se concrétise.

Cathalan 2.pngLes œuvres deviennent des pierres de lune ouvrant les portes du soleil. Un trait sombre vient éclaircir, ouvrir des fibres de lumière. Existe autant le suraigu de la transparence que la densité de la matière. Jaillissent des fleurs d’un étrange jardin. Victoire Cathalan rend visible l’intime du monde où tout se crée en une lente et longue aventure et incubation programmées mais aussi un appel du large, du haut et des profondeurs. Entre dentelles échevelées parfois dépensées en longueur, parfois nettes dans leur embrouillamini l’artiste crée des portes d’un lieu où voguer et frémir. Manière pour l’artiste de demander quels sont ses êtres qui se souviennent de leur oubli. Et ce, à travers une tension et un apaisement grandissants là où la peinture n’est pas narrative : elle invente des récits. Pas forcément des histoires.

Jean-Paul Gavard-Perret