gruyeresuisse

17/01/2017

Ilias Georgiadis : face à la nuit

 


Georg.jpgLes photographies d’Ilias Georgiadis entretiennent un rapport avec le crime - non contre la personne mais contre l'image. Crime intellectuel, mental puisqu'il s'agit de tuer ce qui n'a plus de vie ou ce qui la retire. Georg 2.jpgLe corps est pris dans les ténèbres. Mais la photographie semble le passage pour réengendrer le sujet vidé de ses espérances. L’œuvre rend compte de l'expérience de quelqu'un qui ne sait pas mais qui prouve que la seule recherche féconde est une excavation face à l’enchevêtrement des histoires d’amour et à l’inextricable de certaines rencontres.

Georg 3.jpgTout se joue entre l’ombre et la lumière. L’ombre surtout. Qui est la sœur du rêve et de cauchemar. Abîme, profondeur, ouverture. Désir et (déjà) certains regrets comme si Ilias Georgiadis connaissait la terrible loi du genre humain. Restent les fragments du corps distribués parfois presque « froidement » sous forme de planches de contact. La solitude demeure la seule maîtresse de cérémonies secrètes entre le vertige de dehors et celui du dedans. Avec sous forme indirecte l’urgence aussi d’un appel.

Georg 4.jpgLa vie hurle. L'Imaginaire pousse à une célébration, à une invocation rayonnante, à l'expansion d'un épanouissement mais il affirme tout autant une douleur d'être. Ou de n’être pas. Comme si le corps était son propre « dépeupleur » (Beckett) là où ce qui reste est de l’ordre de la trace, du document qui semble volé. C’est sans doute un passage obligé à l’artiste pour rebondir afin de ne plus souffrir le réel comme réalité manquée où le corps est séparé de lui-même. Reste donc un rapport dynamique de reprise là où du monde ne reste que des cendres.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.iliasgeorgiadis.com/

 

18:08 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

15/01/2017

Béance oculaire du paysage montagnard

Montagne.jpgCollectif. « Sans limite. Photographies de montagne, Musée de l'Elysée, Lausanne, du 25 janvier au 30 avril 2017.

Daniel Girardin, conservateur en chef du musée l’Elysée, propose une exposition sur l’évolution de la photographie du paysage de montagne des origines à nos jours avec 300 tirages. Ils appartiennent en majorité aux collections du musée. Cette mise en perspective prouve qu’un paysage et son sublime n’existent que s’ils retournent la vue, interrogent le regard. De l'œil au regard s'instruit un glissement : il fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste ou de la possession carnassière des images.

Montagne 2.jpgL’exposition prouve comment chaque prise est la sélection d'un mode de regard qui, bien sûr, répond ou devance les aspirations d’une époque donnée. A contempler les photographies s’ouvre le sentiment de la présence de la nature dans ses bizarreries et ses différences. Le conservateur a choisi les oeuvres qui viennent au devant du regard : le royaume du réel telle une baudruche se gonfle. A l'affût des cycles tectoniques et esthétiques le paysage prend un caractère particulier voire une figure mythique. Elle guette parfois un improbable passeur d'âmes comme elle renvoie ailleurs à la Vanité inscrite dans le paysage. S’y perçoit la voix de la nature. Mais la photographie devient la confidente des opérations les plus secrètes du cycle de la mort et de la vie, du rêve et de la réalité. Preuve que les grands photographes créent une concentration et une ouverture du champ. Le regard est saisi par la « paysagéïté » : elle inscrit entre ici et ailleurs une extraterritorialité où se subvertissent les notions de dehors et de dedans. Le paysage mute de la simple représentation vers la « re-présentation ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Pugin, © Musée de l’Elysée, Lausanne

Gabriel Li;ppmann, Le Cervin, 1891-1899 © Musée de l’Elysée, Lausanne.

 

10:50 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/01/2017

Françoise Jaunin : « Ah, des paysages!, Rien de plus, rien de moins » (S.B.)

 

art et fiction .jpgFrançoise Jaunin, « Se plonger dans La chute d'eau, le lac et le plus petit musée du monde », conversation avec Caroline Bachmann et Stefan Banz et exposition des deux artistes «What Duchamp Abandoned for the Waterfall», proposée à l'Espace CHUV, Lausanne, à partir du 12 janvier 2017.

 

 

 

 

 

 

art et fiction bon.jpgPar l’entremise de Françoise Jaunin, Caroline Bachmann et Stefan Banz racontent leurs parcours de vie et leurs travaux autour de Marcel Duchamp. Leur demeure de Cully est proche de la chute d'eau du Forestay lieu ou décor de l'ultime chef-d'œuvre de l’artiste. Les deux protagonistes rappellent l'enquête grâce à laquelle Stefan Banz a découvert cette cascade au dessus de l’endroit où il s’installait. Ils commentent les clichés « conceptuels et sensibles » que Duchamp a réalisé du lac Léman qui selon lui « à chaque heure, change de robe» ainsi que ceux de la cascade photographiée en 1946 comme point de départ pour son dernier projet « Étant Donnés :1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage... ».

art et fiction 4.jpgCaroline Bachmann et Stefan Banz retracent aussi l’histoire du « plus petit musée du monde » (La KMD - Kunsthalle Marcel Duchamp) de la taille d’une boîte aux lettres qu’ils ont créé en 2009 à côté de chez eux en hommage à l’inventeur du « Ready Made » et dans l’objectif d’organiser un symposium et un événement international consacré à lui et à la chute d’eau du Forestay. Le musée n’est pas seulement « fantôme », il permet de déplacer la vision que le regardeur se fait de Duchamp à travers des artistes invités (Wei Wei par exemple).

art et fiction 3.jpgL'exposition propose 54 photographies du lac Léman. Chacune obéit au même protocole. Prises en plongée depuis la même fenêtre de la maison de Cully, à toutes les heures du jour, elles invitent à une immersion dans un jeu chromatique en damier. La patience de ce travail, permet à l’image d’apparaître peu à peu en un processus de dévoilement. A la périphérie de Marcel Duchamp les deux artistes poursuivent donc un travail conceptuel où se réactivent différentes données de l’art (portraits, paysages et natures mortes). La photographie induit parfois d'étranges effets en un détachement programmé. Le paysage devient un sémaphore si bien que l’âme liquide du lieu se déploie en une forme d'abstraction de telle sorte que ce ne soit pas en pensée qu’on se porte vers lui. Pas, au bout de la route, promesse de Paradis, pourtant c’est lui que l’image « expose ». A ce titre elle reste l’erreur essentielle dont on ne se remet pas, Il convient d'en tirer les conséquences. Mais surtout ne pas de lui dire adieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

17:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)