gruyeresuisse

12/12/2016

Ben et la « haute » couture


Ben.jpgTrouvant pour l'aider une merveilleuse couturière juste à côté de chez son coiffeur (qui pour l'occasion teindra les cheveux de l'artiste en bleu - ce qui est une faute de goût) Ben Vautier va "écrire" la vérité sur les robes en en créant 35 pour un défilé. A quelques jours de l’évènement il lui reste à trouver des mannequins (cela ne devrait pas poser de problèmes) et la musique (idem – mais Arnaud Maguet a déjà été contacté pour de travail). L'artiste est d'ailleurs confiant : "Lagerfeld et Saint. Laurent n'ont qu'à bien se tenir" et il a téléphoné à Junko pour qu'elle lui prête deux robes afin de parachever sa monstration. Celle-ci ressemblera à n'en pas douter à celles qu'il aime regarder à la télévision. Il pourra ensuite aller manger les pâtes fines à l’huile et à l'ail.

Celui qui vient d'exposer dix portes chaussettes en fer pousse un peu plus loin son travail de modéliste pour femmes molles ou dures en un défilé qui pourrait bien représenter une séance sado maso. Et l'artiste pour justifier sa nouvelle avancée de citer Daniel Spoerri : « s’il n'y avait pas les escrocs en art on ne vendrait presque rien ». Preuve que pour Ben la culture est un "foutoir" et que "l’Art conclut aujourd’hui que l’histoire n’as plus de sens". Il est vrai que Ben depuis qu'il a quitté sa Suisse natale éprouve parfois de tels prurits. Dans le marigot des plasticiens, il se sent grenouille qui croasse « et moi et moi et moi » tout en se moquant autant de son propre égo que de l’art. Bref il poursuit à sa main - désormais de cousette même s’il n’ jamais enfilé une aiguille anorexique - ses songes en s’entourant d’égéries de Renoir ou de Mayol pour son nouveau travail.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben , « Collection de robes crées par l’artiste Ben », Défilé de mode à Montélimar, Musée d’Art Contemporain et château d’Adhémar, le 17 décembre 2017.

11/12/2016

Isabelle Pilloud et la beauté des femmes

PILLOUD BON.jpgIsabelle Pilloud, « Femmes et artistes à Fribourg », Musée de Charney, du 11 décembre 2016 au 12 février 2017.

Sans s’arrêter au visage, à la ressemblance et à la beauté de façade, Isabelle Pilloud poursuit sa quête des femmes en lutte, des héroïnes du quotidien. Restent des rehauts sur le silence: ils entraînent à nouveau la pensée picturale dans l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. Pas d'a-jour réservé à la toile, pas de parcelle laissée à son propre devenir sans charge d'émotions.

Pilloud 3.pngImmobilité pense-t-on d'abord : mais la résultante de tous les dépôts venant nourrir le regard de vagues successives crée une suspension, un point d'équilibre entre le temps qui aura mûri la lente méditation et celui qui - traversant la toile - distille en nous son rayonnement.

 

Pilloud 2.pngL'œuvre est l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil et d'une main en mue perpétuelle et obsessionnelle. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces lisibles et les limbes d'un corps qui se cherche ou se perd comme énigme. Il se montre, se cache, pense. La peinture touche, saisit. Une pulsation lourde sourd du plus profond mangé d'ombres mais qui s'éclaire de couleurs, loin des mots, pour le cœur et l'émotion.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/12/2016

Delicatessen : Claire et Philippe Ordioni

Ordioni 2.pngClaire et Philippe Ordioni cherchent les métamorphoses du portrait par l’éclosion d’une forme de fantasmagorie parfois monstrueuse mais le plus souvent baroque. La figuration est tamisée en bonne distance entre le rêve et le réel. Tout devient drôle ou inquiétant. En primitifs du futur les deux créateurs imaginent qui ne doivent leur salut qu’en sombrant dans une schizophrénique visuelle pour faire face à un monde lui-même mentalement et psychiquement affectés. Au leurre répond le simulacre.

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Ordioni 3.pngChoisissant leurs modèles au fil des rencontres ou de leurs amitié, Claire  et Philippe les scénarisent : chaque modèle incarne au mieux « son » monstre grâce à l’alchimie des deux artistes. Pour l’heure Philippe Ordioni n’a pas réussi (si on le croit) le modèle parfait citant pour le confirmer une phrase de Diane Arbus : « Je n’ai jamais réussi à réaliser la photo que je voulais prendre, elle est toujours soit pire, soit meilleure ». Il pousse pourtant la folie plus loin puisque le corps y est engagé de manière frontale. Tout est captivant, fantastique. L’univers de « Delicatessen » n’est jamais loin mais en plus onirique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claire et Philippe Ordioni, « Portraits baroques », « Divas baroques », « Icônes baroques », Arnaud Bizalion Editeur, 2016, chacun 18 E.