gruyeresuisse

14/12/2016

Avec une poignée de lettres : Claude Luezior


Luezior.jpgLuezior avec un humour salutaire apprend à aimer la vie à travers ses lettres testamentaires aux destinataires intempestifs (citons entre autres la Maison de retraite, l’Ordinateur, la Contractuelle, le Masque, la Patience, la cousine, etc..) Et bien sur les poètes, ses semblables, ses frères. Les dix mille (Luezior les a comptés) qui « prennent la parole chaque semaine, en famille, devant mère-grand, le petit morveux » et qui déchirent quelques pages de leurs livres qui ne se vendent pas pour les envoyer à leur « belle-mère, banquier ou percepteur ».

Car il suffit de « dix grammes d’écriture » pour mettre le feu aux poudres d’escampette et aimer le vie comme « un prisonnier aime son bourreau. Comme une femme d’alcoolique pardonne tout à son conjoint ». C’est pourquoi au crayon ou à l’ordinateur le poète de Fribourg poursuit sa route et guérit les âmes après avoir soigné les corps.

Luezior 2.jpgSi dans son existence « s’entrechoquent les angoisses des uns, les errances des autres », en ses pages dansent « mendiants et paralytiques. Bruissements d’être et de camarde ». Bref Luezior avance encore, avance en ses diagonales du fou. Demeure le murmure de sa révolte et les battements de sa chair dans le rêve de mourir debout - entendons la plume à la main - lorsque la Sorcière voudra le retirer de son contexte et le confronter à la justice du suprême glaive. Pour l’heure un seul mot d’ordre : en avant, doute !

Jean-Paul Gavard-Perret

Claude Luezior, « Une dernière brassée de lettres », Librairie Editions Tituli, Paris, 2016

13/12/2016

Vika Struk : nouvelles donnes

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Vika Struk a déjà assimilé l’histoire de l’art et de la photographie qui est devenue son medium. Elle ne cesse d’en proposer diverses versions dans une esthétique plurielle mais néanmoins toujours reconnaissable.

 

 

 

 

 

 

 

 

Hyper douée elle peut jouer sur divers « angles » de vue. Le réel est là, mais il est tout autant repris, corrigé, découpé, révisé de trames. Struk 5.jpgParfois l’artiste appuie sur un effet de suggestion provocante, parfois elle cultive le retrait à la recherche non du réel mais d’un pur langage.

 

 

 

Le plus souvent elle s'intéresse à ce qui brûle l'apparence pour ne retenir que des épures ou fragments souvent ironiques par ses interventions intempestives.

 

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Des rondeurs s'enveloppent les unes dans les autres selon un géométrisme astucieux. Vika Struk projette la photographie vers une autre voie en l'excluant de la représentation de la nature ou de la réalité afin de créer d’estimables quintessences qui rappellent parfois l’art de Mondrian, Lissitzky, Moholy-Nagy et qui transforme l’art du portrait en une crise de la figuration tout comme vers la recherche d’une intimité. Vika Struk.pngExiste aussi une ouverture là où parfois les personnages sont renvoyés à une solitude irrévocable ou au secret de leur identité verrouillée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vika Struk, exposition Corridor Elephant, Paris, décembre 2016.

 

12/12/2016

L’ogresse au poil : Claudie Dadu

Dadu.pngPour beaucoup Claudie Dadu est la femme à barbe. Ce qui n’enlève en rien sa féminité lorsqu’elle arpente les vernissages armée de son colifichet constitué de sa longue chevelure ramenée sur visage. Mais l’artiste est surtout spécialiste du dessin à main levé effectué d’un seul trait d’où saillissent souvent des gros plans érotiques.

Dadu 2.pngMétaphore agissante du cheveu, le trait permet de faire des œuvres « à et au poil ». Derrière le fond esthétique s’inscrit une littéralité brute de décoffrage non sans portée burlesque, baroque et fantastique où la « vanité » est parfois suggérée. Dès lors le dessin érotique s’éloigne des images bestiales, oblitère les frontières entre les êtres, libère un inconscient où la gargouille comme le graffiti n’est jamais loin.

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Les catégories habituelles perdent leur sens et le genre lui-même se défait pour jeter un trouble singulier dans les représentations duales du monde. La situation de la femme est suggérée de manière indirecte entre pudeur et impudeur, toujours avec légèreté. Chaque dessin demeure éthéré et ne tient qu’à son fil. Dadu 3.jpgLe contour déleste le propos d’une charge trop libidinale. L’artiste n’en préserve que la volupté. Se dénude l’altérité d’un soleil noir, d’une lune blanche en des cérémonies dont ne sera connue que la lisière. Nul ne pourra dire quel voyou des barrières caresse un sein mais la beauté diaphane est au rendez-vous.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.Dadu.fr