gruyeresuisse

21/12/2016

Estera Tabjer : photographie et haute couture

Tajber.pngL’œuvre de couture d’Estera Tabjer prend sa source en sa pratique sensuelle de performeuse et dans ses collaborations avec des protagonistes des arts de scène. Ses photographies traduisent la symbiose entre la beauté des créations et des modèles. Les premières sont toujours minimalistes et très « graphiques » et soulignent la silhouette des secondes dans un jeu du noir et de la lumière tout en élégance et sobriété. Les tissus et les coupes font l’amour avec le corps.

Tajber bon.jpgChaque prise est donc une rencontre avec un modèle mais aussi sa transformation. Elle bâtit à la fois une entrée et une sortie pour en faire une image mais aussi un roman. Le corps n’est plus seulement fantôme ou nuage. Il devient un prélude d’une vie ou d’un accomplissement. Le « moi » sans identité du modèle crée une rhétorique : images privées, de la mode et de l’érotisme s’y rejoignent et l'artiste trouve là un moyen de détourner le cliché collé aux êtres-icônes de notre temps dans la littéralité poétiques de prises faites de fragmentations, incisions, décadrages.

 

Tajber 2.jpgLa frontière entre l’univers factice du show-room et celui de l’intime se brouille. D'où la quête perpétuelle du transfert d'une incrustation à une autre même. Elle ouvre chaque fois une sidération sensuelle. Preuve que l’épreuve photographique n’est jamais simple. Le secret n’est pas de savoir comment celui-ci se laisse aller à l’image mais comment l’envie d’image s’empare de la couture. Elle devient le point de départ - le déclic du déclic – de la création styliste et des photographies comme leur point d’arrivée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(crédit photographique : Michal Batory, Christian Kettiger)

20/12/2016

Les délices translucides de Jo Ann Callis



Jo ann Callis 2.pngJo Ann Callis sait que l’homme a besoin de postures à sensations fortes : il aime la femme comme prétexte d’une prolifération de métaphores. Mais l’Américaine provoque des accrocs dans la certitude de l’imagination de l’homme. Et si celui-ci viole métaphoriquement l’image d’une femme, celle-ci confisque son sperme en devenant la Femme Translucide, le délice des délits de gourmandise.

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La lumière incarne divers types de chair là où la photographe invente l’illusion d’une obscénité de l’incroyable et de l’ironique. L’image n’est plus crée par les hommes et pour eux mais par une femme et pour elles. L’artiste donne une forme de calme au plaisir et une beauté par le don de la chair de diverses natures en clandestinité à ciel ouvert. Elle projette la posture de clarté sur l’intouchable, invente la parure d’innocence d’un tabou. L’extase de l’apparition à l’intérieur le jeu de l’artiste qui ne peut avancer que masquée. Et c’est bien là toute la poésie de telles présences.

Jean-Paul Gavard-Perret

De si jolis petits monstres : Julie Blackmon

Blackmon.jpgSans aucun didactisme mais avec un sens du plaisir et une préhension plus formaliste que psychologique Julie Blackmon crée un monde surréaliste par effet de réel. L’enfant y devient le rempart de l’avenir. Le tout présenté de manière ludique par une photographe capable de transformer chaque prise en tableau d'où naissent les sensations les plus diverses. La nudité enfantine n’est jamais malsaine et ne contient rien de frelaté. Elle offre une sensation vitale.

Blackmon 2.jpgLes silhouettes créent un mouvement féerique au sein du réel et du quotidien. Sobrement lyrique, décapante, baroque et décalée, chaque prise joue de la fixité ou du mouvement en ce qui est de l'ordre de l'impalpable mais aussi de la matière.

Blackmon 3.jpgL’image décompose le monde pour le recomposer dans l’espoir de la chimérique expatriation. Reste la liberté de la sensation et de l’imaginaire. Julie Blackmon métamorphose le monde dans une vision aussi ironique que douce. Il y a là des rires et des cris. Les « sonorités » de la photographie les fait « entendre » même si l’atmosphère créée impose le silence.

Jean-Paul Gavard-Perret