gruyeresuisse

27/12/2016

Rimel Neffati : cherchons ailleurs l’objet qui nous suffit


Neffati 2.jpgRimel Neffati crée un univers onirique où l’éros jouxte la « vanité » (en tant que genre). Elle révèle parfois une forme de comique discret de l’épouvante déclinée sur le même registre, la clownerie des tabous. Seule la pudeur évanescente ou quasi burlesque dévoile le secret du corps féminin que les hommes amnésient à leur guise.

 

Neffati 3.jpgL’artiste donne des coups sans pour autant afficher une posture militante. Sa révolte est plus profonde. Il s’agit de retrouver une paix souveraine où la femme n’est plus prise pas n’importe qui et pour n’importe quoi.

 

 

 

Neffati.jpgEn conséquence Rimel Neffati ne cesse d’affirmer une liberté souveraine. Le tout en une subtile élégance face aux tabous et la masse pullulante des blessures faites au féminin. Le seul viol revendiqué par la photographe est celui de la pensée. Contre un ascétisme moral qui rejette l’intimité, l’artiste ose un art particulier : il se pare de coquetterie pour laisser apparaître ce qui tenu comme « inconnu », clandestin, absorbé, épongé.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/12/2016

Julia Wellner : vers l’invisible

Wellner.jpgJulia Wellner, « Take me back to the frozen north »,Espace JB, Genève, du 26.janvier au 1er mars 2017.


Julia Wellner propose des paysages oniriques à partir d’architectures ou de lieux naturels par l’usage du sténopé ou d’un appareil classique afin de révéler le monde sous un aspect « fantômal » et minimaliste. Wellner 2.jpgLa photographe poursuit une œuvre cérébrale et poétique où la présence se réduit à des formes qui sont autant d’inflexions dont la tessiture passe de la lumière à l’obscur et vice versa : la couleur elle-même semble se métamorphoser en noir et blanc. Le paysage se dissout. Les visions semblent jetées hors du temps. La vibration se diffuse en ondes, en courbes de niveau.

Wellner 3.jpgPar ce qui reste de paysage le mystère s’épaissit avec une liberté formelle toujours renouvelée en suite de halos spectraux. De telles présences permettent d’accomplir un voyage dans la photographie. L’œuvre implique une qualité d’attention qui ne force rien mais que rien ne peut remplacer. Le travail dans sa mentalisation même crée une émotion particulière : celle d’un face à face sans tension ni précipitation. Elle ne permet plus de se soustraire à une présence mystérieuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/12/2016

Révision des poncifs - diamants hors canapé d’Erika Lust


LUTZ.jpgDans « Eat With… Me » une femme en robe rouge a dressé une table sur laquelle un chef sert un repas (poulet rôti, huîtres, fruits indécents, crèmes onctueuses). Il devient le prélude à un autre tout aussi délicieux. L’artiste par ses fantaisies sensuelles transforme les films X. Ils sonnent juste car le sexe n’est pas joué et s’éloigne du porno en refusant ses tropismes d’une banalité crasse.

Erika Lust publie ses films sur son site « Xconfessions » en ne négligeant ni son intégrité artistique ni son sex-appeal. Pour elle le cinéma qu’on nomme adulte, X ou pornographique doit employer des valeurs cinématographiques classiques sans quoi il n’est qu’un sous-produit au lieu de devenir ce qu’il peut être : une féerie sexuelle, pro féministe et engagée. Ce cinéma doit être créé pour les femmes et par autres choses que des seins et des fesses. Il s’agit de prioriser le plaisir féminin : l’attention au détail est majeur. Le diamant ne s’expose pas sur n’importe quel canapé.

LUTZ 2.jpgL’objectif est de donner aux spectatrices qui constituent la moitié du monde le désir d’imiter ces femmes et leur accorder la priorité en leur montrant ce qu’elles n’ont pas vu auparavant et qu’elles ne connaissant pas assez : « Je ne parle jamais de la Pornographie mais des pornographies. Je veux montrer et faire comprendre comment ce qu’on nomme « la pornographie courante » est si complexe et contradictoire et riche et divers » précise l’artiste. La Suédoise lutte contre l’industrie porno qui s’enrichit par ses dégradations de la représentation du sexe. Elle crée son cinéma X. Il possède un pouvoir libératoire en amplifiant la topographie pornographique et en profitant du support du Net.

LUTZ 3.jpgLe corps demeure naturel mais prêt aux débordements de l’imaginaire, aux excentricités qui rappellent combien les aspirations sexuelles sont diverses. Autrement dit, le porno courant a besoin de multiplicité en favorisant l'étrangeté, la différence pour le sortir de son ornière phallocentrique. Certes la physiologie de sexe ne va pas changer, mais ses significations le peuvent. Dans l'attaque du pénis plutôt que du phallus, ce féminisme anti-pornographique classique élude le pouvoir masculin phallocratique et monolithique en créant un autre trouble, un ravissement différent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Films d’Erika Lust sur : erikalust.com