gruyeresuisse

19/09/2016

Malraux le mal aimé

 

Marlraux.jpgAndré Malraux, « La condition humaine et autres écrits », La Pléiade, Gallimard, Paris,  2016.


L’œuvre de Malraux semble échapper à elle-même tant l’auteur a été supplanté et brouillé par l’homme politique - même s’il l’a été bien peu. Il n’empêche : Malraux s’est pris les pieds dans les tapis de la République Française. Son œuvre s’en est trouvée ostracisée. Il faut au lecteur (franco-français surtout) retrouver une sérénité pour oublier le « malaise » que l’œuvre a créé sous prétexte que l’auteur fut un personnage officiel du Gaullisme. Si le Général Gaulle est l’objet de textes anecdotiques et ronflants (« Lazare » et certains discours commémoratifs) l’œuvre perdure au-delà du personnage de manière insolente. « La condition humaine » reste la fiction majeure (plus que « L’espoir » au style américanisé).

Malraux 2.pngSont republiés aussi « Esquisse d’une psychologie du cinéma », « Le triangle noir » ou l’introduction générale à « La Métamorphose des Dieux » : ces textes méritent plus qu’un détour et se dégagent d’un certain mépris où ils furent tenus par des jaloux. L’auteur a rêvé de pouvoir agir sur le moteur du monde et de l’art. De ce dernier il a montré moins les « vêtements » que la profondeur. Non parfois sans un regard amusé qu’on oublie en voulant ne retenir que le lyrisme de l’auteur. En un humour tout sauf marqué, Malraux ne fait pas que jouer la comédie dans lequel on a voulu le tenir. Ses fictions restent nimbées d'incertitudes et dans ses essais le dérisoire et le sordide font place à des affirmations qui n’ont rien de frelatées ou de compassées. Malraux ose des théories : elles peuvent être discutées mais bougent bien des lignes. Preuve que l’œuvre, en ses charges, est à reprendre. L’occasion en est donnée par cette superbe édition.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Magdalenna Satanneck : "le rien au monde que plus aima"

 

magdanela.jpgMagdanela Satanneck pose son corps devant l’immense masse de silence et réinvente le langage de la nudité. Du clair, de l’obscur, du tendre, surgissent les instants du monde où celui-ci se concentre en des points spécifiques de fixation : de la pensée ou de l’inconscient, se perce leur peau fuyante. Restent les plis du coeur, les déchirures de l’âme. Les portraits font leur chemin dans le jeu des miroirs. La beauté est rigueur. A l’horizontalité répond la verticalité. Demeure la folie de tout ce vu, du croire, du croire entrevoir sans stress, sans strass, sans cesse, sans sauce textile.

magdanela4.jpgFace à l’absence, la photographie pose une présence comme celle de l’enfant qui ne vient pas occuper une place auparavant vide si ce n’est celle creusée par le désir. La capter comme le fait Magdalenna Satanneck appelle à exister « sous une apparence fausse de présent » (Mallarmé). Reste un corps en impeccabilité dont le cuisant et le cuivré sont dégagés de tout obscène. Chaque (auto)portrait côtoie moins un débordement qu’un dépassement. Et si créer est une activité esthétique qui se dit à l’infinitif elle travaille en même temps et ici un « je » qui est « le rien au monde que plus aima » la photographie.

magdanela3.jpgElle ramène à l’espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité car il est dans le corps. Mais de quel corps s’agit-il De qui est ce corps ? Voilà la question dangereuse puisqu’il s’agit de celle de l’identité. Elle devient une ombre qui ne me suit pas forcément le corps : elle le précède, argumente le silence en un trouble premier pour en éclairer beaucoup d’autres. Magdalenna Satanneck y ajoute les siens : se sont ses « pions » dont elle plus pionnière que pionne.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/09/2016

Maria Guta et les femmes

 

Maria Guta.jpgMaria Guta, « Installation VR de Maria Guta pour POV paper », Lac Scubadive, Vevey, le 18 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maria Guta 2.pngMaria Guta fait tenir debout les femmes au besoin en les couchant sur un lit afin d’affermir leur équilibre. Pour elle, ses égéries le trouvent par les sentiments, les sensations, les intuitions qu’elles font éprouver à l’artiste. Elle les scénarise en les illuminant d’humour et de fantasmagories. Elle s’offre le luxe de jouer avec leur présence en la transformant en "artifice". Quant à l’homme, il n’est jamais présent : il n’est que le témoin inquiet des monstrations de l’artiste.

Maria Guta 3.pngMaria Guta répète la certitude de son existence par des postures de feintes d'illusions. L’artifice, elle l’incarne. La photographie apparaît comme la fiction d’une présence qui subtilise le désir des hommes par celui des femmes. Pas question de dérober les pensées de ces dernières mais juste de les utiliser en en jouant. S’incarne tout autant l’extase de la lucidité que de l’illusion.

Maria Guta 4.pngL’espace tourne autour du corps féminin. C’est un fleuve entre terre et ciel déchirant l’entre-deux. Il devient creux, orbites, cavernes, diaclases. Tout est à sa place. Les lumières et les ombres à partir du corps qu’elles éclairent ou obscurcissent sont suspendues sans appel dans une fixité drôle ou spectrale.

Jean-Paul Gavard-Perret