gruyeresuisse

25/09/2016

Alistair Taylor-Young : exposées

 

Taylor 3.pngLes nus d’Alistair Taylor-Young sont moins des images libertines que des symptômes architecturaux de l’espace dans lequel ils s’intègrent. Le so british photographe enregistre non la réalité du fantasme mais de la réalité. L’appareil voyeur devient une mécanique plaqué sur le vivant qu’il feint de prendre "en douce". Taylor 4.pngAvec une telle série le créateur à la fois s’amuse et donne un bel exercice de perfection technique. S’y retrouvent ses égéries aux jambes interminables : même Helmut Newton est dépassé dans une synthèse de l'ambiguïté de la photographie et de son jeu de séduction.

Taylor 5.pngReste alors à se poser la question de savoir qu’est ce qu’une image ouvre ? Que devient l’art quand la nudité du corps s’en empare, c’est-à-dire l’agrandit et le renverse ? Quelle sidération est proposée ? Alistair Taylor-Young répond que par elle-même la nudité n’est pas signe de transgression et de subversion. Tout dépend de l’usage qui en est fait. Néanmoins et contrairement à ce qu’écrivait Bataille (« la nudité peut-être la plus pudique des exhibitions ») elle n’est pas ici d’une nature de sainteté. Elle permet simplement une forme de virtuosité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alistair Taylor-Young, “Nudes”, The Little Black Gallery, Londres, jusqu’au 8 Octobre 2016

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23/09/2016

Karolin Klüppel : l’enfant-reine des Khasi


AAAKlueppel2.jpgKarolin Klüppel, Kingdom of Girls, Hatje Cantz, Berlin, 92 p., 2016, 34 E.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AAAKLueppel3.jpgKarolin Kluppel ouvre toujours un corps d’images étranges et qui, dans le cas de « Kingdom of Girls », saisi par un photographe homme pourrait sembler presqu’équivoque. L’artiste crée des images fascinantes entre photo documentaire et artistique. La série est d’une puissance rare à la fois par sa force narrative et sa beauté. Les portraits des filles révèlent la culture des indigènes Khasi dans l’état indien de Meghalaya où un système matriacal très particulier existe. La plus jeune des filles est donnée comme première dans l’ordre de succession. Lorsqu’elle se marie, l’époux va dans la famille de sa femme et les enfants du couple reçoivent le nom de la mère. Dès lors et particularité rarissime : seule la naissance d’une fille garantit la continuité d’un clan.

AAAKlueppel4.jpgKarolin Kluppel a passé dix mois entre 2013 et 2015dans le village Khasi de Mawlynnong : elle en a rapporté des images magiques où la vie, le réel semblent, pour un regardeur occidental, se mêler à l’imaginaire. Néanmoins l’artiste est avant tout à la recherche d’une photographie pure qui doit autant à son langage qu’à son sujet. Symboliques à leur manière ces photographies offrent le passage d'une réalité présente à une réalité qui tord bien de nos idées reçues. Surgit une théâtralité particulière qui acquiert un pouvoir physique non de survivance mais de surréalité. Elle est aussi l’interrogation constante des relations entre ce que la culture mondiale impose et ce qu’une culture particulière peut proposer. Les photographies deviennent des puits d’émergence d’une logique où une emprise subtile crée la remise en question fondamentale des notions de culture et de l’image qui en deviennent la porte-empreinte.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/09/2016

Reto Pulfer : la carte et le cosmos

 

Pulfer.jpgReto Pulfer, Amas Anis Stellaire, (Les Halles), Porrentruy, du 25 septembre au 14 novembre 2016

Le Bâlois (désormais Berlinois) Reto Pulfer est un autodidacte. Il imagine des mondes étranges et complexes. Ceux-ci deviennent à la fois des fictions (macro ou micro) qu’il nomme « mnémoniques » et des aide-mémoires où se mélangent installation, sculpture, peinture, performance, musique et architecture. L’artiste utilise souvent des matériaux recyclés (draps ou chutes de tissu, papiers et objets de récupération). Pour « Dehydrierte Landschaft » (paysage déshydraté) présenté il y a deux ans à Genève il avait créé un chemin initiatique au milieu de tentes renfermant un grand filet de chanvre intitulé «MMMS Reticulum Dehydrierte Landschaft».

Pulfer 2.jpgChacun de ses travaux correspond à un état d’esprit et un cadre conceptuel. À l’espace d’art « ( les halles ) » de Porrentruy, Pulfer présente des travaux créés à partir d’atlas célestes en une installation qui inclue divers médias (dont une partition sonore liée à des expériences scientifiques et à la musique expérimentale) ). Des pièces murales en textiles déchirés, cousus et peints, représentant des « mnémoniques », des plans et autres systèmes reproduisent des instructions pour retrouver des constellations. Ils deviennent une variation des édifices des anciens orateurs.

Pulfer 3.jpgL’artiste y inclut des informations. Dans une pièce un poisson renvoie à l’océan. A l’époque romaine pour récupérer une donnée mémorisée, il suffisait de parcourir son espace intérieur pour en faire saillir un grand nombre de données. Le travail sur les cartes occupe donc un rôle central dans les recherches de Reto Pulfer et ses travaux sur les techniques de mémorisation trouvent à Porrentruy un nouvel essor.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:59 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)