gruyeresuisse

13/08/2016

Face à ce qui se dérobe : Annabel Aoun Blanco


Annabel 2.pngAvec Annabel Aoun Blanco l’image est moins matrice que « trou » fondateur d’un vertige existentiel ou non existentiel. L’artiste crée un espace où le vide se déploie : sa théâtralité n'est pas spectaculaire mais à minima. La femme - « objet » habituel des fantasmes visuels - devient inaffectée dans un espace inaffectable. Aux images oniriques se substitue une nuit mentale, au point que, hors vie psychique digne de ce nom, et, pour reprendre une formule de Antonin Artaud, "l'idée d'une simple vie organique, embryonnaire peut se poser".

Annabel.pngToutes les capacités et les disponibilités du rêve sont retranchées, neutralisées. L'image se dissipe en une forme d’ombre, d'épuisement des possibles. L'image parle une autre langue, trouble la vision, la déconcerte, l'oblige à d'autres chemins que les chemins habituels de l’imaginaire. Il ne s’agit plus de se rincer mais de la « laver » dans une conjonction du proche et du lointain, de l'immédiat et de l'inaccessible : elle est un simple morceau d'espace. Sa fonction n'est plus de restituer le réel mais de faire ressentir la profondeur d'un monde "transparent", presque inconsistant où à la présence se substitue l’absence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Annabel Aoun Blanco, « Desvoilés », Galerie Elizabeth Couturier, 10 septembre - 9 octobre 2016.

 

09:19 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

12/08/2016

Hommage au fondateur et à l'actualité des Editions du Griffon

 


Griffon 4.jpgExposition "Pourquoi ne faîtes-vous pas un livre sur moi" 70 et + d'éditions d’art", du 15 août au 8 septembre 2016, Editions du Griffon, Neuchâtel.

 

 

 

 

 


Griffon 2.jpgDirecteur d’école à Bienne, Marcel Joray fonde les Editions du Griffon, en 1944. D’abord , et dans un souci de diffusion pédagogique, il publie des ouvrages scolaires et scientifiques. A l’étroit dans ce cadre il crée sa célèbre collection “Trésors de mon pays” consacrée au patrimoine romand et illustrée par des photographes locaux. Mais l’artiste est sensible à l’art international. Peu à peu sa maison prend un envol plus large. En 1963, Victor Vasarely soumet à Marcel Joray un projet d’ouvrage sur ses travaux. Techniquement ambitieux, l’éditeur profite de l’innovation des imprimeries suisses. En retour, le Hongrois confie à l’éditeur l’exclusivité pour l’ensemble de ses travaux d’impression dont de superbes jeux cinétiques. Les Editions du Griffon sont donc associées à Vasarely mais elles ont proposées aussi les premières monographies d’artistes aussi importants que Marino Marini, Brancusi et Soto. Traduit en plusieurs langues ces ouvrages donnent à la maison d’édition familiale une reconnaissance internationale.

Griffon 3.jpgMuettes pendant près de 20 ans après la mort de leur fondateur, les éditions neuchâteloises revivent grâce à Julien Gonzalez-Alonso, passionné et expert d’art contemporain, ancien directeur de la plus grande maison de ventes aux enchères parisienne. Non seulement le nouveau directeur veut revaloriser le patrimoine de la maison (avec un coffret « collector » sur Vasarely) mais fait perdurer son esprit par la défense et illustration de talents actuels : monographie d’Arthur Luiz Piza par exemple. Le directeur non seulement remet au jour le fonds mais tente ainsi une nouvelle aventure éditoriale. Griffon.pngL’exposition permet de rendre hommage à l’ensemble des ouvrages réalisés par Marcel Joray. Elle illustre aussi le projet de Julien Gonzalez-Alonso. Le tout à travers d’œuvres majeures sélectionnées pour illustrer les monographies d’hier et d’aujourd’hui. S’y retrouve des peintures et dessins d’artistes suisses (Wolf Barth, Odon Köch, Le Corbusier, André Ralseyer) et internationaux (Vasarely bien sûr mais aussi Brancusi, Hans Richter, Francasco Somaini, etc.) ainsi que des tirages originaux de photographies qui illustrèrent la collection « Trésors de mon pays ».

Jean-Paul Gavard-Perret

cf. : www.editionsdugriffon.com

10:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Touches de présence - Aaron Mc Elroy


AAron.jpgAaron Mc Elroy sème la lumière dans des corps apparemment éteints afin de saisir le souffle charnel brûlant encore de vie. Les regards - lorsqu’ils sont rarement visibles - suintent du silence comme si le néant touchait des profondeurs cachées dans les méandres des formes. Le photographe reste sur les sentiers de la solitude. Ne demeurent que des lambeaux du corps oublieux d’empreintes de printemps.

AAron 2.jpgPourtant l’hiver des femmes est encore loin. Mais l’atmosphère suggère une sorte d’ennui palpable. Les courbures s’estompent. Reste pourtant des touches de lumière de la jeunesse même si le corps épouse l’obscurité blanche. Il est en attente, en arrêt à la rencontre du rien enseveli : « Neneka prête à tout » comme aurait dit Artaud. La ténèbre coule dans les veines, déborde, ploie sous l’ultime pluie d’éclairs et le miroir des doutes.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:02 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)