gruyeresuisse

16/08/2016

Etreintes à distance : Sara Laè

 

Sara Laè.jpgSara Laè est une irrégulière de l’art : en ce sens elle est fidèle à son pays – la Belgique. Illustratrice mais bien plus, déménageuse impénitente, elle considère chaque être ou animal soit comme une étoile soit comme une planète de jour. Le monde surgit en abîme coloré et en apparitions énigmatiques. L’humour est toujours présent et joue de l’exaltation et de la jubilation même si un côté nocturne demeure sous-jacent en dévers d’un soleil d’érotique lenteur.

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La création des formes offre l’apparition de la lumière. En ce sens la créatrice plonge dans la nuit de l’être pour l’envisager comme une sidération. Ce qui éclaire ce n’est pas la forme elle-même : c’est sa décomposition. Rien pourtant ne touche à l’obscène L’artiste affirme une sorte de mystique et d’innocence érotique de l’immanence.

 

 

 

 

 

 

 

Sara Laè 3.jpgDessins et peintures ne sont pas là afin de proposer du fantasme par leurs formes. Et devant de telles œuvres le regardeur n’est plus simplement une de ces « patates du divan » propre à gober les images de la télévision. L’œuvre de Sara Laè zappe le zappeur, l’oblige à se lever car son travail n’est pas "une leçon de choses mais plutôt un essai de choses" (BorisWolowiec). Mais aussi d’êtres. Avec l’illimité de leur approche, de la démesure cette approche.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:11 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

14/08/2016

Boris Wolowiec l’espion dormant

 

 

AAAAWolowiec.jpgBoris Wolowiec métamorphose l’aphorisme. Sa forme resserrée peut n’être qu’une coquetterie de la pensée : l’auteur, la démaquille, la « siamoise » par tout un jeu de reprises et de modulations. La raison sort d’un simple dualisme vrai/faux. Un tel créateur ne pense et n’écrit jamais par idées distinctes et simples mais par un feuilletage progressif fondé sur l’exactitude et l’épaisseur du sentiment. Il faut son tribunal de nécessaire déraison sans quoi tout jugement rationnel n’est qu’une vue de l’esprit, une quintessence sans abrasifs.

Boris Wolowiec pratique le « jeu » de l’écriture. Ce jeu est le plus sérieux qui soit. Il agit par effet de glissements et de dérapages contrôlés afin d’atteindre la cible de l’objet humain, de l’être dans le temps. L’équilibre du texte tient d’un mouvement d’avancée par reptations lentes de successions d’assertions à l’intérieur du visible. Demeure dans l’œuvre une forme de lucidité irrationnelle propre à l’espion dormant.

D’où cette écriture âpre plus que brillante. Elle cherche la vigilance, le sombre là même où la clarté semble acquise. L’auteur tord la logique « classique » du discours afin qu’elle se mette à tourner non jusqu’au vertige mais jusqu’au moment où les données sont pour un temps épuisé. Liberté est laissée au discours de se poursuivre plus tard vers un nouveau pas au-delà quand la nécessité se fera sentir. Dans l’alliance de l’imaginaire et du réel demeure en effet toujours un « croire voir » (Beckett) qu’il s’agit de sonder. Sauf à penser sur place ce qui n’est pas dans l’ambition du poète aussi lucide qu’habité. Il y a du Rimbaud en lui mais aussi de Spinoza dans sa recherche de la clé du « esse percipi » - être c’est percevoir ». Les règles sont plus complexes que le commun des penseurs (ignorant de la raison impure comme des impuretés de la raison) l’estiment.

Jean-Paul Gavard-Perret

17:08 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

Isabelle Sbrissa la Mécrivante

 

Sbrissa.jpgIsabelle Sbrissa, « Produits dérivés, Reverdies combinatoires », 2016, Le Miel de l’Ours, Genève

 

La mécrivante Isabelle Sbrissa s’en donne à corps joie. Preuve que la poésie est une « trahition » qu’ont appelée de leurs vœux Prigent et Federman. Comtesse aux pieds nus, la poétesse ouvre des hangars lunaires. Aucun trou de mémoire ne peut effacer le sillage des sentiments ou des coups de pieds qu’elle porte à la langue. Son stylo est sa pelle, elle soulève, désencombre, libère afin d’offrir par la bande une dénégation de diverses tragédies.

Sbrissa2.jpgLa poésie prend à la gorge ou fait rire à gorge déployée selon divers points d’incandescent en un voyage mental dans l’obscur à la quête moins de la lumière que de l’heure blanche où l’on cherche du regard une ligne à laquelle se tenir et où les mots s’enroulent autour d’une poulie qui couine. Preuve que la poésie en ne prétendant à rien prétend à tout. Que faire alors sinon de suivre la corde du puits de sciences interdites de la créatrice ?

Jean-Paul Gavard-Perret