gruyeresuisse

21/08/2016

Les portraits totems de Miriam Cahn

 

CAHN BON.pngMiriam Cahn, “Paintings and Works on paper from 1977 to 2016”, Du 15 septembre au 17 décembre 2016, Blondeau & Cie, Genève.

 

 

 

 

 

 

 

 


Cahn.jpgMiriam Cahn a débuté par le dessin à la craie ou le dessin selon une approche performative sur de grandes feuilles posées à même le sol. Puis elle passe à la peinture à l’huile. Celle-ci est devenue son moyen d’expression privilégié et permet un retour à quelque chose de rupestre à travers le traitement du portrait. Il est saisi de manière primitive en un jeu envoûtant de répétitions et de variations selon une visée symbolique et vitale plus que psychologique. Il a valeur de totem aérien et tellurique.

CAHN BON 3.pngLa gravité est là mais s’y renverse par la force des couleurs. La notion de portrait devient un agent d’unité. Jaillissement, tension tout y est. Ce parti pris plastique et formel incarne à la fois le multiple et l’un en donnant libre cours aux influx qui animent chaque portrait. Celui-ci recrée les rythmes reliant le visible à l’invisible, le divisible à l’unité au sein d’une poésie plastique verticale. Le visage semble accepter le monde tout en s’en dégageant. Chaque portrait arrête le regard, le « répare ». Il s’agit de lâcher le reflet pour la présence de la fable humaine par la pulsation directe des formes et des couleurs là où la fixité brusquement se renverse, déborde.


Jean-Paul Gavard-Perret

19/08/2016

Ed Van Der Elsken : de l’obscurité à la lumière

AAAvanderlesken.jpgPour le photographe Ed Van Der Elsken l'extraordinaire commençait au coin de la rue. Partout où son itinéraire s'arrêtait provisoirement l'obligeant à une quête presque instinctive. Mais il a su tout autant créer avec son modèle un jeu de miroirs C’est pourquoi l'image « de reportage » s’est effacé au profit d’une vision qui sait la nuit, de l'air, les villes, les visages. Et plus particulièrement ceux de l’amour. Avant le film terminal de l’auteur où il filme la certitude de sa mort qui arrivait.

AAAVanderlesken2.jpgNéanmoins Ed Van Der Elsken reste le poète de la vie. Elle progresse au sein d'un canevas général existentiel et poétique. Les avancées photographiques sont corporelles, sensorielles et mentales. L’artiste semble passer de l’autre côté de l’appareil pour ramener du fragment à la totalité. L'image crée des transferts. Ils mènent de l'obscurité à la lumière. AAAvanderlesken3.jpgLe photographe invente des harmonies particulières, des clairs de lune en plein jour en des fulgurations afin de former des constellations neuves par effractions, interstices et dévoilements déplacés. La photographie est autant un centre, qu’un rebord. Elle crée un vide pour perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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La lumière du nocturne du peintre savoyard Cachoud

 

Cachoud.jpg“The Blue Starry Night - Hommage à Cachoud”, Galerie Mottet (Post-War et Contemporain), Chambéry, 3 septembre – 22 octobre 2016.

 

 

 

Cachoud 3.jpgLe peintre savoyard François Charles Cachoud (1866-1943) est bien oublié. Il modifia pourtant la vision du paysage tout en restant dans une tradition réaliste. Pour ce peintre le paysage n’existe que s’il retourne la vue, interroge le regard qui est sensé le voir. Et ce par le passage du jour à la nuit. Cette mutation inhérente à Cachoud instruit un glissement, une médiation : il fissure énigmatiquement les certitudes trop facilement acquises d’une contemplation fétichiste de la lumière naturelle et la possession carnassière des images qu’elle induit. Il transcende aussi les écoles figuratives de son temps : du réalisme au néo romantisme loin de tout simple effet de « nuit américaine » chère au cinéma.

Cachoud 2.jpgA contempler les tableaux nocturnes de l’artiste la nature dans ses bizarreries et ses différences semble venir au devant de nous comme une baudruche qui se gonfle d’une présence inédite. Les reflets lumineux ouvrent une figure de l’Achéron. Un Achéron paradoxal puisqu’il ne permet plus le passage vers l’enfer mais vers un éden artistique. L’artiste nous fait le confident des opérations les plus secrètes du cycle de la nuit. S’inscrit un ici et ailleurs : une extra - territorialité où le regard fonctionne alors dans une dimension structurante. Cachoud a donc subverti les notions d’ombre et de clarté. Le paysage mute de la simple représentation vers la « re-présentation ». Entre les deux le pas est immense. Elle différencie le travail du faiseur et celui du créateur de formes. Celui-ci renonce à croire à une métaphysique de la transparence

Jean-Paul Gavard-Perret