gruyeresuisse

28/08/2016

Emprises d'Angelika Markul

 

Markul bon.jpgAngelika Markul, « Excavations of the future », Galerie Laurence Bernard, Genève, du 15 septembre au 1er novembre 2016.

 

 

 

Markul.pngAngelika Markul fait jaillir des forces telluriques et les transformations opérées par les êtres. Dessins, vidéos, sculptures forment des paysages étranges entre recueillements et bouleversements. Peuvent se discerner des approches écologistes mais plus encore des méditations sur la nature et ses métamorphoses là où le spectre de la catastrophe (humaine ou naturelle) n’est jamais loin. Tout est affaire de narration là où la mémoire de l’humain se mixte avec celle du monde. « Mon rapport à la mémoire vient de mon obsession pour la mort et de mon histoire. » dit la créatrice pour expliquer la puissance de ses œuvres où semblent se discerner jusqu’aux premiers temps de l’humanité.

Markul 2.pngL’artiste se rend dans les lieux du monde où la catastrophe a sévi (Fukushima, Tchernobyl, Bagdad, etc.) afin de chercher un sens aux actions humaines. Les dessins offrent un cérémonial inquiétant mais aussi de réflexion. Les dessins cultivent une forme de complexité pour suggérer l’état du monde dont les assises sont remises en cause et s’ouvrent à diverses interprétations. Laissant une liberté au regard du public, l’artiste développe un univers unique. S’y croisent dans une atmosphère onirique diverses influences. L’artiste y explore un monde étrange où individus, objets, formes non identifiables évoluent dans des scènes abyssales. L’univers est tourmenté mais plein de poésie profondément dérangeante. Les dessins livrent des scènes inquiétantes où se mêlent douceur et violence. Cela témoigne de la part de l’artiste d’une absence d’inhibition, de peur, de préjugés et demande à ceux qui regardent le même abandon.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/08/2016

Teddy Bear, clés et toupies d’Annina Roescheisen



Annina.pngAnnina Roescheisen a étudié l’histoire de l’art et la philosophie politique avant de travailler chez Sotheby’s comme spécialiste de l’art médiéval. Puis elle est partie à Paris. Elle devient d’abord agent d’artistes, ne cesse d’écrire sur l’art puis se met progressivement à créer en intégrant différents champ en devenant ce qu’elle nomme une « artiste multimédia». Son engagement - même s’il n’est pas directement perceptible – impose un point de vue sur le monde, sur la femme en intégrant différents univers (mode, photo, vidéo, sculpture, performance) et en travaillant sur des mots plus que jamais « clés »/ Fidèle aux enseignements plastiques du Moyen-âge (Bosch entre autre) l’artiste invente un langage où la sophistication est au service de la simplicité – ce qui reste toujours le plus difficile.

Annina 3.pngL’artiste est souvent sujet et objet de ses œuvres. Elle se situe des deux côtés de ses focales en utilisant aussi des objets fétiches dont la clé ou la toupie. Utilisée pour son caractère minimaliste, ludique et incertain elle symbolise pour Annina Roescheisen le sens autant de la vie que d’un destin qu’une main extérieure pourrait remettre en route. Fidèle en ce sens aux artistes médiévaux l’artiste n’est pas indifférente aux explorateurs contemporains. De Matthew Barney et Marina Abramovic à l’artiste japonais Nara et ses poupées « fêlées » ou encore Isa Barbier et son univers minimaliste. Mais la créatrice n’est pas insensible aux arts flashy et colorés et transgressifs.

Annina2.pngElle les pratique entre autre avec sa série de « Pietà » où le Christ est remplacé par un ours en peluche et Marie par l’artiste elle-même. Preuve que l’enfant en elle reste toujours vivant et que la Vierge n’est pas forcément une sainte…L’artiste affectionne l’humour et le décalage. Ces ingrédients lui permettent de regarder comme il faut : elle n’a pas tord. Poursuivant de nouvelles pistes elle cultive d’autres folies qui ne sont jamais propices aux arrêts et aux embaumements. L’art reste pour elle une fleur carnivore aux végétations variables.

Jean-Paul Gavard-Perret

  “A Love Story”, (IFFPIE), Jakarta (Indonésie),19 -30 septembre 201, “The Exit Fairytale of Suicide”, “Freunde fürs Leben”n Soho House, Berlin (Germany)n 28 septembre 2016 puis NYU University NYC at School au Social and Cultural Analysis, octobre 2016.

 

26/08/2016

Du visage au portrait : Gus Van Sant

 

Gus 3.jpgAvant de devenir le grand cinéaste mondialement connu Gus Van Sant était photographe. Il a publié une sériede108 portraits de face à la lumière minimale afin de créer un forme de clair-obscur. L’artiste a pris ses photos lors de ses castings pour « Drugstore Cowboy” et “My Own Private Idaho ». S’y retrouve tout l’hédonisme d’une jeunesse de l’époque pris par surprise. Ces portraits donnent à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation. Le visage est plus dans qu'à l'image. L'artiste a compris comment depuis l'Antiquité grecque où visage et masques étaient indissociables, le premier est devenu le centre de toutes les ambiguïtés selon une logique anthropomorphique de l'art occidental sur lequel l'artiste a opéré afin de provoquer une ouverture.

Gus 2.jpgIntéressé par la "visagéité" plus que par la photogénie, l'artiste tente de supprimer la fausse évidence des présences. La vérité du visage est un leurre que Gus Van Sant gomme. Se mettant en quête d'identité il s'arrache à la fixité du visage pour plonger vers l'opacité révélée de son règne énigmatique par effet de surface en de longues vibrations de lumière pâle. Elle est capable de suggérer la trace et l’a-jour d’une existence prisonnière par l’éclat diffracté de la lumière sur la peau. Gus.jpgA ce titre, avec ses photographies d’instantanés, Gus Van Sant n'a pas cherché à satisfaire le regard et la curiosité par des images accomplies mais par le gonflement progressif de leur vibration où jaillit moins l'hypnose que la gestation. Le balbutiement d’une ombre à la recherche de son corps tente la reprise d'un "qui je suis". Il se superpose au "si je suis" quand le cinéaste retient certains modèles pour ses castings.

Jean-Paul Gavard-Perret

GusVan Sant, “108 Portraits”, Twin Palms Publisher

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