gruyeresuisse

15/07/2016

Dialogues des langues - Adrien Rupp et Léonie Vanay

Viannay.jpgAdrien Rupp & Léonie Vanay, « Esperluette », Collectif Rats, Vitrines des Mouettes, Place de l'Ancien-Port, 1800 Vevey.

 

Adrien Rupp sait qu’il n’y a pas d’avènement de la poésie sans un certain sens du rite de la fusion. D’où, le nouveau couple (après d’autres) qu’il crée artistiquement avec Léonie Vanay. L’immobilisation du désir et son achèvement chez l’un entraîne l’inachèvement chez l’autre. Mais de ce dernier émerge aussi bien le langage poétique que plastique : au sérieux des œuvres plastiques répond l’humour du poète : "Un jour un homme se lève / Il ne reconnaît pas la femme couchée à côté de lui (...) Le café qu'il boit a le goût de jus de pamplemousse son reflet dans le miroir est celui d'un petit garçon chauve en costard / La femme qu'il ne reconnaît pas se réveille, boit le café qu'elle trouve très bon et ne semble pas inquiète de se trouver face à un petit garçon chauve en costard / Il se dit alors que tout est normal et part travailler sans savoir quel est son métier ». Les deux artistes évitent autant le scabreux que frelaté d’une pathologie sentimentale : l’œuvre croisée offre une sensation vitale. Même lorsque celle-ci s’affaisse sous le poids de la vie des émotions plus complexes. Chaque texte en sa concentration comme les images et leurs élancements produisent un renversement : ce qui est de l'ordre de l'impalpable devient matière. Le lecteur/regardeur se retrouve aux sources des langages : les formes décomposent le monde pour le recomposer autrement dans l’espoir de la chimérique expatriation du feu intérieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/07/2016

Karl Ballmer ou la solitude des êtres


Ballmer 2.pngKarl Ballmer, « Tête et cœur », Aargauer Kunsthaus, 28 aout au 13 novembre 2016.

 

 

 

 

 

Ballmer.pngL’Aargauer Kunsthaus permet de redécouvrir le peintre et philosophe d’Argovie Karl Ballmer (1891 - 1958). Le lieu possède d’ailleurs la plus grande collection de ses travaux. Loin des grands mouvements de la peinture officielle l'artiste travailla toujours selon ses propres canons. Son œuvre s'éloigne des arts décoratifs comme de la pure abstraction. Pour autant sa figuration échappe au "prédictibles" même si certains échos peuvent rappeler des épigones surréalistes. Pour lui "l'art est la voie vers l'inconnu" et il le pratiqua sans jamais renoncer afin de faire surgir étrangement le moment formel où le corps se perd au moment même où il prend chair.

Ballmer 3.pngA ce titre les corps de Ballmer ne se prêtent pas au narcissisme du voyeur. Ils font signe à travers une douceur qui n'appelle pas forcément le désir. Demeure toujours une certaine froideur ambiguë là où jouent masse et épure. La force réside en cet "entre". Le regardeur est rendu à ses vertiges équivoques imprégnés de perte nébuleuse.  L'altérité n'est qu’une bordure faite d'épures plus ou moins soustraites à la présentation. La peinture n'est que la fiction de sa fiction et une fois de plus le corps n’est qu’une idée, rien de plus. Se crée un retour à la solitude déposée de toujours dans le corps, le corps guetté, entrevu mais qui , une fois de plus , se dérobe.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:56 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

13/07/2016

Féeries de Thomas Huber

 

Huber 3.jpgThomas Huber, Skopia, Genève, Juillet-Aout 2016.
Thomas Huber, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2016.

 

 

Huber.jpgL'oeuvre de Thomas Huber transforme le réel selon des jeux de lignes et de couleurs. Elles aèrent plus qu’elles ne remplissent l'espace leur rythmique particulière. L’artiste crée une forme de rythme qui n'est plus celui de la vie mais qui représente une force poétique. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose le réel par l'assaut réitéré de lambeaux physiques dont toute âme semble avoir disparu. Mais sous l’absence le monde vibre au moment même où le déploiement des lignes pourrait sembler suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu.

Huber 2.jpgL'Imaginaire produit par effet de froideur une intensité particulière. Chaque lieu fluctue entre centre et absence et ouvre la partie cachée d'une réalité secrète. L’art ne cherche donc plus à singer vie : peuvent soudain se regarder la réalité du monde et ses phénomènes d'une part et l’art de l’autre. De ce dernier émerge la capacité d'exclusion de toute phénoménalité en un travail moins d'abstraction que de dépouillement dont la quintessence n’est en rien statique. Refusant le piège purement "descriptif" Thomas Huber se dégage d'un simple désordre émotif selon une ascèse qui accorde à la vision une profondeur en jouant sur les variations les plus simples pour tarir les sentiments inutiles et superflus.

Jean-Paul Gavard-Perret