gruyeresuisse

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/07/2016

Sokolombine ou la colonie pénitentiaire d’Apolonia


Apo.jpgOpaques comme le marbre, translucides comme l'ambre, les portraits d’Apolonia Sokol sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Chaque portrait tient en respect le voyeur. Pas de séduction : ni dans les lignes et les formes. Pas plus dans l’aspect des visages. Ils deviennent une présence étrange et obsédante. L'artiste y cultive l'éphémère, le fragile, le désir, la vie. Elle fuit tout ce qui est établi, stable : les certitudes, les habitudes en des rituels qui permettent de toucher à un seuil de l’intime sans forcément le franchir.

Apo2.pngIl n’existe plus de pudeur ou de crainte : juste l’incertitude des êtres. Le désir - si désir il y a - se fonde sur un défaut, une absence face aux représentations héritées qui habitent encore l’esprit des hommes et même des femmes. L’acte de création s’élève contre toute mondanité et interroge ce qu’il en est de l’amour. Il échappe autant à l’illusion qu’à la métaphysique et l’animalité. Ce qui hantait jusque là la vision est déplacé de manière hallucinatoire et réaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:26 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

25/07/2016

Jen Davis et le corps obèse de la femme

 

Davis 4.jpgJen Davis a suivi avec attention et théâtralité son quotidien de femme obèse pendant onze ans. Elle a posé avec des amants fictifs le temps. La photographe de Brooklyn a invité des hommes (colocataire, ami gay, inconnu) pour explorer sans manque : «Je voulais questionner ma sexualité et l’inconfort auquel je l’associais. Pouvais-je être sensuelle et inspirer du désir ? » écrivait-elle.

 

 

Pendant ce temps elle a transformé la femme quasi obèse en icône imparfaite (selon les critères actuels) mais belle. En dépit de son « mal de vivre » elle posait pour jouer avec ces hommes une passion supposée. En sous-vêtements ou en nuisette elle faisait de ses prises un regard « amoureux » afin de pactiser avec elle-même, de s’aimer en se plaçant dans l’ordre des corps désirés et désirants.

Davis1.jpgAu fil du temps elle a retrouvé un équilibre qui lui a fait perdre plus de 50 kilos grâce à un anneau gastrique.

 

 

 

 

 

 

Davis 3.jpgL’artiste ne se veut ni féministe ni « pro-fat acceptance ». Elle a cherché simplement à retrouver sa place dans le monde. Et c’est en commençant à ne plus s’habiller au rayon des très grandes tailles qu’elle s’est sentie mieux. Paradoxalement le succès de ses photographies lui ont permis de jouir d’’un anonymat existentiel. Ses images la font accéder à une connaissance d’elle-même occultée depuis l'enfance. Elles apprennent au regardeur à comprendre la différence.

Jean-Paul Gavard-Perret