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14/01/2016

Serge Hasenböhler : de la nature morte à l’éternité

 

Hasen.pngSerge Hasenböhler, "Fundus", Galerie Gisèle Linder, 22 janvier -12 mars 2016

Une nouvelle fois Serge Hasenböhler prouve par ses photographies sa passion pour les natures mortes. Elles sont fondées ici sur des objets quelconques, sans grâce particulière (morceaux de bois) que l’artiste recueille dans ses déplacements. Une fois installés sur une table recouverte d’un drap noir ils sont revisités. Serge Hasenböhler met l’accent sur la sensualité de leur apparence formelle par un éclairage puissant et des prises de vue macro rassemblées ensuite par l’ordinateur. Ces objets sans grâce sont transfigurés par la beauté des prises en pièces inestimables. Il en va de même avec ses « ballons ». Usés, abandonnés et dégonflés ils deviennent des œuvres muséales capables de suggérer la perte, l’absence, l’éphémère en un modèle particulier d’une « vanité » au ventre déformé ou d’un élément d’un cosmos ignoré.

Hasen 2.pngSurgit une fascinante étrangeté. L’artiste crée une nouvelle vie par effet d’effluves. S’instaure le transfert de la nature « morte » à la figuration abstraite. Elle s’éloigne de «la trivialité positive » qu’abhorrait Baudelaire. L’œuvre - en humilité par sa substance - prend une puissance sidérante. La presque absence des choses trouve un aspect doux et dur d’éternité. Demeure un souffle mystérieux et lumineux. Une force avance contre les ombres crépusculaires par la hantise de fantômes. Leur aura crée un sentiment de prise sur ce qui nous est le plus proche, le plus immédiat, le plus intime dans la fable des images.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

11:23 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

13/01/2016

Mathieu Bernard-Reymond : de Grenoble à Lausanne

 

Bernard3.jpgMathieu Bernard-Reymond, « Transform », Galerie Heinzer Riezler, Lausanne, 21 janvier - 5 mars 2016, Lausanne.

Né dans le Dauphiné, Mathieu Bernard-Reymond est devenu photographe en pays de Vaud. Diplômé en science-politique à Grenoble il quitte la France pour la Suisse. Il obtient le diplôme fédéral de l'Ecole d’Arts Appliqués de Vevey. Ancien lauréat de la Fondation CCF pour la Photographie, il aborde la question du paysage selon des montages particuliers : la réalité fait le jeu de l’imaginaire, mais l’inverse est tout aussi vrai. Grâce à l’informatique le plasticien augmente cette propension en accordant à des structures ou des évènements des situations d’aspect baroque (ce n’est donc pas un hasard s’il a reçu en 2009 prix Arcimboldo avec la série « Monuments") au sein même d’un traitement sans afféteries de l’image. Bernard 4.jpgDans sa série « Intervalles », les personnages occupent de manière sidérante le paysage. Ajoutant aux lieux ce qui manque ou faisant disparaître ce qui existe l’artiste devient l’héritier des sirènes antiques. Leurs voix sont remplacées ici par des images « leurres ». Elles attirent et séduisent et leur créateur devient le "transfugeur ». Il prouve que les voies du réel contrairement à celle de Dieu sont pénétrables.

Bernard 2.jpgLe moindre objet (d’une brindille à la coquille d'une pierre) est avalisé comme pion susceptible d'aller à dame ou pièce d'échiquier capable de la diagonale du fou la plus performante. Dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit l’artiste cherche à savoir où le regard se pose d’abord. Et son art rejoint  une des recherches les plus avancées des sciences cognitives entamée au sein de MIT de Boston sous la direction d’Aude Oliva. Pour Mathieu Bernard-Reymond l’abstrait comme le concret devient le creuset d'un grand spectacle inédit. Il rejoint la matérialité et une forme de mystique. L'œil « écoute » à travers ce que l’artiste lui envoie. Tout dépend à qui l’image s'adresse : le regardeur fait le devenir de figures souveraines.

Jean-Paul Gavard-Perret

19:13 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Relire Foucault

 

 

Afoucault.jpgMichel Foucault, « Œuvres », Deux volumes, sous la direction de Frédéric Gros, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

Foucault n’a eu cesse de s’interroger sur les fondements des histoires (anonymes ou sociales) et leurs mythologies constituantes. Face aux malentendus des pactes sociaux l’œuvre résolument politique au sens profond du texte précise les archéologies des savoirs et des discours, les arcanes de l’enfermement (Surveiller et punir ; L’histoire de la folie à l’âge classique), de la médecine (Naissance de la clinique), des sciences humaines (Les mots et les Choses) et ceux de la sexualité (La volonté du savoir, L’usage des plaisirs, Le souci de soi).


Rassemblant les textes majeurs de Foucault ces deux volumes rameutent ses grandes idées et intuitions  dans leurs cycles d’exploration des exils où il existe même parfois, comme l'auteur l’écrit dans une conférence publiée dans le tome 2, des « continents, des univers dont il serait bien impossible de relever la trace (…) tout simplement parce qu’ils n’appartiennent à aucun espace ». A la douceur des utopies s’opposent les divers lieux qui prouvent que dedans comme dehors  nul « ne vit pas dans un espace neutre et blanc ». Traversant les domaines de connaissance, l’auteur fut un véritable pré-situationniste. Par ces travaux hétérogènes, dont les exils sont l’enjeu - celui du langage compris -, il démontre ce qui contamine et entrave l’être. Les deux volumes créent un champ immense qu’on n’a pas fini d’explorer. Il y a là une fugue inachevée, une forteresse volante.


Jean-Paul Gavard-Perret

08:57 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)