gruyeresuisse

18/01/2016

Eros et Thanatos : Sabian Baumann

 


ABauman.jpgSabian Baumann, « Von Gestern bis Morgen », Centre Culturel Suisse, Paris, du 22 janvier au 21 février 2016.

 

 

Pour sa première exposition personnelle en France, Sabian Baumann présente au CCS une sélection de dessins récents sur papier issus en grande partie de la série Liebe und Traum, horizontales Paradies. L’artiste y développe un bestiaire humain étrange et une végétation empreints de mystères où s’opèrent des coupes franches permettant de voir le dessous et de dehors autant des êtres que de la terre. Manière à la fois de sortir de l'anthropomorphisme et de signaler à l'homme sa perte. Abauman 3.jpgLe tout avec une grâce et un érotisme enjoués qui évitent le travail du deuil et de la mélancolie. Ils permettent de reconnaître ce qui a été perdu : quelque chose remonte de la terre pour tatouer le vide de l'être. Ce qui est caché croît, germe et met - à défaut de noms - des images sur ce qui nous boit, nous suce ou nous crache.

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L’art peut donc l’anormalité, la comédie burlesque le tragique. Lyrisme, humour, vanités et culture populaire s’y mixent dans une suite de monstres poétiques. S’y opère la coagulation de nos fantasmes et de nos fantômes. La vie et la mort nous y affectent sans doute mais sous le mode de l’incompréhension sidérante au moment l’artiste pose des questions existentielles. Visions fantasmatiques et onirisme débridé fusionnent en ses narrations. Elles interrogent la notion d’identité, l’inscription dans le temps et dans la complexité de la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les bonzés font du skiétisme

 

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Le Bonze français fait mentir le fameux slogan publicitaire « Un Ricard sinon rien ». Il en faut deux de plus pour  proposer le trio infernal du paradis terrestre.  Il conjugue une recherche sur le palimpseste de sagesse en ce qui tient d’une surface de réparation. Le processus privilégie d’archaïques figures et quelques mythes sommaires. Le monde s’organise selon les concepts à la mode : résilience et indignation par association du rêve et de l’évidence. En avant les mots face aux maux de l’existence. Leur résonance se veut un coup de gong : ne subsistent que des lallations. Elles n’ont rien d’orgasmiques.

En théorie, la sagesse s’avance à pas de géants. Pont enjambant le fleuve de la vie, table d’orientation indiquant des solutions dignes, (avec trente ans de retard) une pensée new-age, il n'est jamais question d’avancer pas aux forceps dans le corps de la langue et du monde. Le livre fait avaler des couleuvres. Il est anesthésiant. Ses infimes particules permettent aux trois saumons qui veulent remonter la rivière du sens, moins de hisser la pensée à hauteur d’analyse que de nourrir l’économie de marché par un succès de librairies. Dans un texte bourriche les parleurs couvent des œufs de plâtre. La prétendue majesté de l’humanisme y reste artificielle. Là où les auteurs s’estiment en mission export, leur sagesse devient croquette. C’est un open bar dont le buffet à volonté est froid. Plutôt que d’affronter le réel le texte évite les entrechocs et cultive les échappatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André, « Trois amis en quête de sagesse », Coéditions L’Iconoclaste & Allary éditions, 2016.

 

 

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17/01/2016

Patrick Weidmann et la société du spectacle

 

 

 


AAWeidmann.jpgPatrick Weidmann, « Images de charme », Centre de la photographie, à Art Genève Palexpo du 28 janvier 2016 au 31 janvier 2016


Le CPG présente à Art Genève une nouvelle série de Patrick Weidmann. Les photographies de son livre Magazine de Charme, (JRP Ringier, Zurich) seront complétées des nouvelles pièces. L’artiste y poursuit la monstration du fétichisme de la marchandise. Il double les images de base d’un autre corps : celui ou s’exhibe une forme de virilité - entre autres celles des «gendarmes en bottes noires». Avec « Magazine de charme », l’artiste a créé sa marque de fabrique. Il froisse des photographies issues des magazines pornographiques des années 70. C’est une manière d’effacer partiellement le message de base pour le transformer dans un « sous texte » ou plutôt une iconographie différente en contrariant le désir du voyeur qu’initiaient ces revues.

AAWeidmann 2.jpgLe genre a pratiquement disparu. Décalées par le traitement de l’artiste genevois, ces oeuvres à la fois signent la fin d’une époque et illustrent la nôtre où la pornographie sous l’effet de diverses morales est de nouveau contestée. Face à elle la destruction en propose une apologie biaisée et ambiguë. Le froissement implique une sorte de poésie qui joue du faux et d’une certaine intemporalité. De cette « chirurgie » surgit une réserve du désir par ce qui a priori le phagocyte délibérément en déconstruisant les sémantismes originaux. Entre expérimentation et culture populaire un impérialisme médiatique est remisé au rang de produit de consommation dont l’artiste tire une substantifique moelle.

Jean-Paul Gavard-Perret