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21/12/2015

Roberto Greco et le parfum : entretien avec l'artiste


 

 Greco 2.jpg

Maître de la dualité entre l'homme et l'animal, l’artiste parsème ses superbes photographies sidérantes d'humour et de mélancolie au sein de subtiles références picturales. Désormais l’artiste s’oriente vers les fleurs : de la vanité l’œuvre glisse vers le portrait

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Les discussions que j'entame avec moi-même.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Toujours d'actualité.

A quoi avez-vous renoncé ? D'espérer être accepté par un groupe dans lequel je ne souhaite pas entrer.

D’où venez-vous ? Des Pouilles, bien que j'ai toujours grandi et habité à Genève. 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Son éducation, son passé, son histoire.

Un petit plaisir – quotidien ou non ? Choisir un parfum dans ma collection.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Je ne sais pas.

Quelle est la première image qui vous interpella ? Sûrement un portrait de ma mère.

Et votre première lecture ? Le dos des boîtes de céréales.

Pourquoi votre attirances vers l'animalité ? La discussion avec le silence qui opère inévitablement avec eux.

Greco.jpgQuelles musiques écoutez-vous ? De Marilyn Monroe à Marilyn Manson.

Quel est le livre que vous aimez relire ? "Cosmos" de Michel Onfray et "Ti prendo e ti porto via" de Niccolò Ammaniti.

Quel film vous fait pleurer ? Je ne l'ai pas encore visionné.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Des yeux auréolés d'une enveloppe relativement poilue

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Aux personnes qui se sentent écrasées par les mots.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Kyoto. La nature semble si vieille que l'on y voyage comme dans des archives.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Je crois qu'ils sont tous morts depuis longtemps, le dernier en date serait Lucian Freud. De vivants, Jan Fabre et Bill Viola.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Ce qu'il faut d'attention l'espace d'une journée.

Que défendez-vous ? Mes valeurs et le droit de les revendiquer.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Que nous donnons uniquement ce que nous souhaitons recevoir.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Qu'on écoute l'autre uniquement pour pouvoir répondre.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Pourquoi fais-je de la photo? (je plaisante).

 

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 20 décembre 2015.

 

 

19/12/2015

Horst P Horst : déplacement de l’éros

 

Hirst 2.jpgHorst P Horst, « Photographer of style », jusqu’au 10 janvier 2016, Nederlands fotomuseum, Rotterdam.

 

Ravir, être capturé, être pris, dépossédé tels sont les gradients classiques de la photographie érotique. Adepte de De Stijl Horst P Horst les a retournés. L’image est glaciale là - où s’attend la chaleur - et marque le désir et son impossibilité : non parce que - comme le pensait Freud -il angoisse mais parce qu’il est barré ou débordé par la stratégie esthétique. Elle renvoie le voyeur vers une autre visée. Hirst 3.jpgLe sujet le plus sensuel devient une féerie congelée. D’où la force et l’humour implicite de tels clichés. La beauté plus qu’exquise : parfaite voire absolue des prises, crée une mise en abyme L'image bouleverse et plastifie la commune transgression. C’est de l’ordre d’un crime. Celui du voyeur qui doit retourner à ses études là où la photographie devient le récit évidé de son objet.

 

Hirst.pngLe dépouillement n’est pas celui qui généralement est espéré. La photographie dite de « genre » provoque un dévoilement déplacé par un effet de voile habilement placé. Elle crée un vide pour prendre le voyeur à son jeu et le perdre dans le lieu de sa prétendue voyance. Si bien que Horts P Horst pourrait dire comme le faisait Duras au sujet de cinéma. : « L'interdit que je me pose : la photographie érotique» .L’idée de l’éros rêvé s'éteint au profit de son ailleurs, il s’agit de faire jouir de la beauté de l’image et atteindre son « temps pur » (Proust). Le corps n’y demeure qu’en temps de dispositif photographique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

10:31 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

18/12/2015

Sarah Hildebrand et les polders

 

Hildebrand.jpgSarah Hildebrand, « LIPPEPOLDERPARK », Edition Freitaube, 2015.

 

Immergée (ou presque) dans un célèbre polder, Sarah Hildebrand en déploie les tours et détours. Traversant le lieu et sensible à ses contraintes l’artiste le restitue sous un aspect naturaliste mais parfois mythique - sans pour autant jouer de manière évidente de ce second levier. La créatrice se place ici plus en symbiose avec le paysage que ses habitants. A travers lui surgit des émotions simples mais essentielles.

 

Hildebrand 2.jpgLe polder induit par sa nature même la fragilité non seulement du paysage mais de ce qui le peuple. L’enchantement est donc là mais pour rappeler son aspect toujours provisoire. Le projet n’a donc rien d’une simple traversée touristique. C’est même le contraire. Toutefois, au lieu de projeter la catastrophe et attiser les peurs, l’artiste veut témoigner de la beauté avec en filigrane l’injonction de ne pas y toucher.

 

Jean-Paul Gavard-Perret