gruyeresuisse

27/12/2015

Frédérique Pottier : Mademoiselle sans le blues

 

 

 

Pottier 3.jpgFrédérique Pottier est une photographe discrète. Adepte des jeux entre le vrai et le faux, elle invente des mises en scène de la nudité et de l’intime. Il s’agit d’atteindre des lieux où le monde se Pottier 2.jpgtransforme en fiction et la fiction en réalité afin d’empêcher le grande jour de tomber sur la perception et sur les représentations de la psyché féminine rendue à elle-même. De telles propositions répondent au désir de rester dans la nuit  à jouer sous la lune au théâtre des ombres.

 

Pottier 2.jpgCe travail permet de combattre le faux ou tout au moins d’aider à faire un certain tri au sein d'une certaine solitude au moyen de l’ombre de présences allusives hors champ. Les Pottier 4.pngimages telles que les propose Frédérique Pottier sont le contraires de ce que Lacan nomma des « re-pères mélancoliques» garantes de la répétition de la loi d’une interprétation à l’identique. A l’inverse, ici, dans ces miroirs plus qu’étranges, photographe et modèles ne cherchent pas à donner un réconfort aux croyances. Elles sont tordues afin que nos représentations gagnent en souplesse par le génie du lieu que propose Frédérique Pottier.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Site de l’artiste : http://www.mesdemoiselles.book.fr/

26/12/2015

Avec le temps : Cristina Garcia Rodero

 

Rodero bon 3.jpgChristina Garcia Rodero, Maison européene de la photographie, Lausanne.

 

Avec Cristina Garcia Rodero nous sommes ramenés à un espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité car il est au bord du corps. Mais de quel corps s’agit-il  De qui est ce corps ? Les questions sont dangereuses puisqu’il s’agit de celles de l’identité, d’Eros et de Thanatos. Pareille au jeune Igitur de Mallarmé descendant “ le caveau des siens ” l’artiste introduit dans le temps où le “ moi pur ” veut se confondre avec celui des autres. Il est exposé par la photographie à la réminiscence du vide sépulcral  mais aussi au désir.

 Rodero bon 2.jpg

De telles œuvres réveillent le regardeur : il se demande si le tombeau où l’artiste veut l’allonger est le bon. Face aux processions, cohortes ou gisants il est sidéré. La question de l’être reste celle du mystère. Rodero Bon.jpgA partir de là le voyeur croit voir le jour. Il perçoit un corps non fantasmé mais peut-être malgré tout celui qu’il fantasme obscurément. L’espace reste sombre en sa clarté. Les ombres passent, disparaissent, reviennent. L’être comme un animal cherche une cachette au moment où Cristina Garcia Rodero réinvente le secret, le tombeau, la solitude. Le voyeur ne peut plus sortir de telles crevasses.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11:10 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/12/2015

L’image qui revient : Christian Tagliavini

 

christian-tagliavini1.jpgAvec « 1503 » Christian Tagliavini reprend à sa main les portraits du peintre de la Renaissance Bronzino. Les photographies à la fois transposent et métamorphosent l’iconographie de l’époque. Le pictural se modèle de manière plus frontale et abrupte. Sous le "plat" horizon de chaque photo  surgissent à la fois la profondeur du temps et une vision d’un dicible étrange.

christian-tagliavini3.jpgL’artiste italo-suisse traque ce qui manque à l'image et au portrait  - à savoir son image absente (impossible ?) à travers ses prises. Il resserre leur existence sans chercher à "intellectualiser" et c'est là l'essentiel. Car le photographe sait que tout reste toujours à monter, à découvrir. Par ses prises et recompositions hommes et femmes jaillissent de manière plus impertinente que dans les originaux. L’identité de carnation (à savoir ce que l’être a souvent de profond) se fait plus prégnante et la perfection plus grande. Dans ces œuvres Christian Tagliavini retient ce qui gonfle l’émotion non sans un effet de froideur. D’où l’élan de telles photographies : sous le (beau) prétexte de la reprise, est remisée une donne pour accorder une forme d’éternité au style et au temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:13 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)