gruyeresuisse

15/01/2015

Dais clairs de Zoé

 

 

Zoé 3.jpgQuatrième intervention dans les vitrines des Mouettes. « Des femmes en forme », Zoé de Soumagnat et Esther Girard, Visible depuis l’extérieur jusqu’au 1er mars 2015, Collectif RATS
1800 – Vevey

 

 

 

 

 

Zoé de Soumagnat.jpgZoé de Soumagnat accompagne de bleu le bleu, le blanc de blanc en constituant  des mythes sans référence et des mimétismes qui ne renvoient à rien. L’acte n’est pourtant pas gratuit mais échappe à bien des déterminismes. Chaque image devient métaphore des métaphores. Dans son caractère « mineur »  elle crée ce que le directeur du Mamco Christian Bernard nomme lorsqu’il se mue en poète « de regains instants frisants sans autre suite ».  L’image garde la lourdeur infinitésimale d’un battement de jambe dans l’eau, le coup mat d’un oreiller sur la tête. La lumière à peine accompagnée de ciel fait que l’anxiété paradoxalement s’éloigne. La couleur de la transparence devient un alphabet iconographique présent pour brûler les paroles.  Preuve qu’un certain plaisir n’appartient qu’à ce qui échappe et dont Zoé de Soumagnat offre la libération loin de toute torpeur ou de gangue en ses fouilles et  frondaisons aquatiques ou non.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:02 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Philippe Fretz : Fragments du contre-discours de l’art

 

 

 

 

 

Fretz 2.jpgPhilippe Fretz. Seuils et terrasses (suite), art&fiction, Lausanne, 2015.

 

 

 

Poursuivant son entreprise de cartographie de l’art et du sens des images sous toutes ses formes et en habile descendant d’Aby Warbug, Philippe Fretz double son travail de recouvrement par la création picturale. Paradoxalement la couleur ne laisse aucune place à un quelconque passage : ce qui convient parfaitement afin de réfléchir habilement à la question même de franchissement et de frontière comme celui de « plateau » cher à Deleuze. Entre image recueillies (tirées de l’histoire de l’art et de la photographie) et la création s’instruit un « process » essentiel car en rien simplifié et purement discursif. Cette procédure demande en contre partie au regardeur une attention particulière car rien n’est donné a priori.

 

Frerz 2.jpgDans des oeuvres chargées en couleurs et en symbole (sans clés)  le créateur met en place un monde violent mais d’où l’outrance (toujours facile) est exclue. L’image en tant que création devient l’allégorie du travail de réflexion. A travers l’Internet et la méthode des mots-clés l’artiste fait l’expérience de ces passages vers des exhibitions où à la fois « tout devient seuil et tout devient terrasse » mais qui renvoie à ce qui ressemble pour la plupart à un « errement » sans but. D’une part parce que l’ordinateur n’est en rien un garde-fou : il est par « ssence » irresponsable et nourrit un plein illisible dans le tsunami d’informations de ses octets insolents. D’autre part parce que la fabrication d’espaces virtuel n’avaient jusque là jamais été  aussi interlopes en ne faisant que singer du partage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/01/2015

Culte de l’émotion et « breaking news »

 

 

 

Charlie.jpgLe fameux « jusqu’où s’arrêteront-ils ? » de Coluche reste plus que jamais de saison. La question ne se pose pas seulement aux fondamentalismes  (dans chaque religion ou idéologie il n’y a rien à espérer d’eux) mais à ceux qui ont orchestré l’émotion. Elle a traversé le monde après les évènements de Paris. Les victimes lâchement assassinées ne peuvent être que pleurées. Dans un premier temps chacun ne peut que s’enorgueillir de la vague de réactions qui secoua le monde. Toutefois cela n’empêche pas de se poser la question : à qui profitent les crimes parisiens ?  Sous leurs cadavres d’autres rampent : la stigmatisation généralisatrice n’est jamais loin. Au nom de la peur de l’autre les processus de récupérations politiques suivent un cours efficace. Ils ont reçu d’ailleurs une aide de la part des tueurs eux-mêmes : s’en prendre aux journalistes c’était faire le jeu des chaînes d’information en direct. Dans la défense plus que justifiée de leurs pairs ces networks avides de sang et de morts sont devenus le puissant haut-parleur de l’idéologie.

 

 

L’information en direct est devenue une distraction (au sens pascalien) de masse. Celle-ci y trouve le miroir à toutes ses angoisses, ses terreurs, parfois ses fantasmes mais aussi et inconsciemment un processus de catharsis. Faisant appel au statut d’homme social l’information « live » crée une identité émotive de surface au nom des frères en humanité. Fraternité relative et calculée par l’effet de proximité : que pèsent face aux 17 morts parisiens les 2000 victimes du Nigéria ?

 

 

A travers la puissance déchirante des évènements parisiens hier, australiens avant-hier l’information « live » crée un rite de désinformation producteur d’abîmes. Il est temps de reprendre une approche qui en appelle plus à la raison qu’à l’émotion. Doit succéder une distance critique prouvant que la résistance passe par des chemins plus complexes que la stigmatisation générale, l’arsenal des lois et des répressions. Au nom d’une apparente et légitime « vérité de cœur » peut surgir des images qui peuplent la nuit des êtres et leur aveuglement. Et ce depuis que le monde existe. Un roman de l’occident nous fait complices de bien des illusions des puissants quelques soient leurs camps. Il convient toujours de prêter attention à ce que l’émotion oblitère et d’affirmer ce que Louis-Combet réclame « le dédoublement de l’être entre une intériorité de réflexion et une extériorité propre à des exécutions rapides ». A la radicalité des fondamentalistes doit répondre une analyse qui ne se limite pas à l’insistance "profératrice" des discours politico-médiatiques dont les ombres se confondent avec des intérêts qui dépassent le vulgum pecus dont nous faisons partie.  Le recueillement et le silence au-delà des amarres pieuses de certains mots d’ordre et  slogans sont nécessaires afin d’éviter des dommages collatéraux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret