gruyeresuisse

20/10/2014

Gregory Sugnaux : d’entre les lignes

 

 

 

 Sugnaux 2.jpgGregory Sugnaux, Y.I.A. (Young International Artists), Art Fair; Paris, octobre 2014, Galerie Christopher Gerber, Lausanne.

 

 

 

L’œuvre de Gregory Sugnaux propose une méditation sans limite par des effets de lignes et de formes. Les mouvements créent dans le « dur » une perte de repère. Dégagée de toute anecdote ce travail devient une expérience visuelle mais aussi existentielle. Une pensée "claire" remonte des tréfonds de l’inconscient par une série de manifestations abstraites où se précisent les images de notre incertitude. Sugnaux rappelle que c'est une inconséquence et une inconsistance de la raison qui nous pousse à oser proclamer l'existence comparable à une unité. L’œuvre ne propose jamais la confirmation d’un miroir. L’appréhension du "réel" dans la syncope et le spasmodique arrache ici au silence l'innommable qu’il cache. Loin des mélancolies et des nostalgies des ondulations décalent la présence au profit de son soupçon en un envol triomphal. Le sensoriel (qu'il ne faut pas confondre avec l'affect et même si le premier possède des incidences sur le second) est nourri de suites d'empreintes sur la blancheur de neige. Elles sont parfois coupées par des éléments de sculpture où le trop brûlant est métamorphosé en glace. D'où ces remarquables sonates en blanc majeur. Entre torsion, dynamisme et un certain minimalisme l’œuvre oblige à fréquenter les limbes du langage plastique. Il faut se laisser envahir par un flux brisé, un chant cassé où surgissent les échos visuels des "stèles" de Sugnaux. En surgissent des treillis et des escaliers renversés dans l’espace.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Pink Floyd : que restera-t-il de nos amours ?

 

 

 

 

Pink Floyd.jpgLe Flamand Rose tire sa révérence. En soit cela n’a rien d’une nouvelle : depuis vingt ans ses ailes de géant l’empêchait d’avancer. Sinon clopin-clopant avec les disques disparates des membres détachés du groupe. En hommage à celui qui est mort en 2008 (Wright) « The endless river » enregistré entre 1993 et 1994 puis retravaillé depuis 2013 par David Gilmour et Nick Mason ne surprendra pas. Il n’a pas été fait pour cela. Et en dépit d’un aspect commercial il restera le chant du cygne du groupe. Chant n’est d’ailleurs pas le mot. Il faut parler plutôt de musique puisqu’à l’exception du titre final et superfétatoire l’album est totalement instrumental. Et c’est bien mieux comme ça.  Il pousse à bout tous ce que les inconditionnels aimaient dans les harmonies et les sons du Floyd. S’y reconnait la patte de Gilmour bidouilleur de génie devant l’éternel. Il donna dès le départ aux intuitions de Syd Barrett une coloration particulière dans ses jeux de répétitions et variations. Dans sa puissance de bruine l’album s’esclaffe en écumes, il verse ses onguents et mord parfois pour ne pas mourir. Les nostalgiques sont ravis (j’en fais partie). Ils sont tirés par l’arrière mais n’en demande pas plus. Lames et nappes sonores secouent ou bercent en esprit et nuées. Le Floyd clôture ainsi ses inventions de naguère voire de jadsis. Parallèlement il offre une ultime leçon de musique, une fenaison volante. Une dernière fois la tempête monte puis s’apaise. Il y a là les instants et les jours en ces ultimes assauts d’un souffle qui perdure. Oui le titre est exact : la rivière  - non sans retour - reste sans fin. Sur un monde délétère glisse encore le vol des flamands roses.

 

 Pink Floyd, "The Endless River", Warner, 2014.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:26 Publié dans Monde, Musique | Lien permanent | Commentaires (1)

19/10/2014

Les plénitudes lumineuses de Madeleine Jaccard

 

 

Jaccard.jpgMadeleine Jaccard ne cesse d’inventer selon divers mediums des plans colorés et lumineux. Dans ses installations l’espace se métamorphose par la chorégraphie des formes. L’image plan se dilue dans l’espace ou plutôt l’envahit. La magie de clarté exclut la sentimentalité, la dramaturgie. Les impressions naissent chez le spectateur par les couleurs et leurs mises en scènes. Chaque dispositif crée sa propre trouvaille.

 

Fascinée par la biologie Madeleine Jaccard non seulement observe algues ou protozoaires en leur pullulement mais s'intéresse tout autant aux motifs textiles, aux empilements d’objets dont elle joue dans des travaux ou le phénomène de répétition cet d'entassement engendre de nouvelles figurations où l’objet premier n’est plus reconnaissable : «  Parfois on répète le motif tellement de fois que l’on ne sait plus quel était l’objet de départ. A force de le redessiner, l’original s’en va. Il n’a plus sa raison d’être. Reste la forme en soi qui dit plus, qui dit autre chose » précise l’artiste. En maîtresse de la couleur et de cérémonie elle engendre de fabuleux jeux. Ils n’ont rien de gratuit ou de décoratif.

 

Entre le virtuel et le réel, l’impalpable et l’épaisseur, le microcosme et le macrocosme Madeleine Jaccard crée pour le regardeur bien plus qu’un accompagnement ou une respiration : une ouverture mentale. De l'abîme au célesle un ordre poétique s'impose : celui de l’ellipse à plusieurs foyers à la rencontre de l’invisible par concordance inédite et fluidité. Les noirs de "fond" laissés par la créatrice invectivent avec plus de force les couleurs dégagées des phénomènes réalistes. C'est une manière de solliciter l'imaginaire, de titiller chez tout regardeur le centre inconnu de sa gravité. Une telle fracture rend, la nuit venue, le monde multicolore à la fois doux et dru, préhensible et utopique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret