gruyeresuisse

21/04/2014

Emil Michael Klein : le rigide et l'organique

 

Klein 2.jpg 

 

Emil Michael Klein est peintre et sculpteur d’un genre particulier. Partant d’une forme d’abstraction et de suprématisme  ce jeune artiste surprend par ses travaux et leurs exigences. On a pu les voir à Lausanne où il vit mais aussi à Milan, à Paris, à Berlin, Bergame mais aussi à New York. L’artiste crée des formes géométriques rigides et basiques et des composition fluides et organiques. Les deux échappent autant à la pure abstraction qu’à la figuration. En ce sens le couleur possède une importance capitale : elle atténue la rigidité des géométrismes et à l’inverse éloigne les aires qui pourraient sembler figuratives. Chaque œuvre ou série est une exploration guidée par le médium. La sculpture devient le lieu de la fixité et de la grille, la peinture celui d’une danse formelle gaie mais profonde . Elle ressemble à ce que Winnicot nommait  « Squiggle » : un griffonnage coloré. Pour autant il n’existe pas entre ces deux médiums une dichotomie mais deux manières de saisir le monde et de le manifester autant à travers l’ouvert que le fermé.

 

 

 

Klein 3.pngAux rituels de certitude font place l’égarement et la transgression. Les membres rigides des entrelacs créent des marges d’incertitudes. Formes, couleurs, linéarités ou enroulements laissent entrer en nous leur inconscient. Il se met en symbiose avec le nôtre. En ce sens si la peinture et la sculpture restent toujours des Psychés ici elles dé-figurent. L’oeuvre de E-M Klein permet donc un fantastique voyage d'exploration autour des formes et des couleurs. L’artiste prouve aussi que la transgression reste la belle incertitude de l’art. "Perds toi toi-même, possède-toi toi-même" semble dire le plasticien qui dans son absence de figuration ou de narration pousse le voyeur à gratter le visible pour voir dedans.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:08 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

19/04/2014

Les courses éperdues de l’Orchestre tout puissant Marcel Duchamp

 

 

 

Orcchestre 2.pngOrchestre tout puissant Marcel Duchamp, « Rotorotor », Autoproduit. Genève.

 

Tout dans les musiques hybrides de « L'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp » est inspiré par le plaisir et la liberté. Hommage à Dada bien sûr mais aussi aux groupes traditionnels africains ( « Orchestre Tout Puissant Konono n°1 », « Orchestre Tout Puissant Polyrytmo » et autres) le nom même du groupe traduit cette traversées hors des genres musicaux : le rock comme les expériences contemporaine - du punk basique à la musique dite savante - sont transformés et traversée par des traditions populaires de diverses racines. Cela ne ressemble à rien de connu. La surprise est donc au rendez-vous de chaque titre comme le prouve « Rotorotor » troisième opus des Genevois.

 

Orchestre tout puissant.jpgProduit par John Parish (P.J Harvey, Eels), enregistré au Toybox Studio à Bristol cet album est le plus abouti (tout en restant échevelé) du groupe. Le producteur a bien compris les ambitions dadaïste de l’orchestre mais il a su brider une musique qui par son esprit tend à partir en tous sens. Des lignes plus précises se dessinent même si dans chaque titre l’imagination voyage d’un univers vers un autre en une pop souvent drôle, jouant au besoin les gros bras sans se prendre au sérieux. Primitive du futur une telle musique mélange les odes amoureuses aux incantations belliqueuses. La fête est là. Ceux qui estiment que l’esprit suisse est très sérieux seront pris en revers. La musique crie son plaisir car ses officiants ne cessent de se pousser mutuellement à des actes impies à son égard. Ils la déplument de ses hardes pour la remodeler d’accents imprévus. Tout cela gémit, frémit de rythmes féroces mais légers et de sensations crues. « Rotorotor » porte donc en lui un soleil noir qui n’a rien de mélancolique. Il réchauffe les animaux des déserts comme les night-clubbers d’une Europe qui se désespère. Celle-ci  retrouve enfin des cigales allumées pour seuls guides.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Céline Michel et la clarté photographique

 

 

 

 

 

Michel oui.jpgCéline Michel propose une narrativité paradoxale par ses photographies. Les thématiques, les sujets ou objets saisis par la créatrice sont mis en scène avec élégance en divers jeux entre le subtil et l’arrogant, le secret et l'évidence.  Rien d'esthétisant dans une telle stratégie. L'envers du miroir de territoires apparaît par effet de réel. La photographe de Vevey ne cherche aucune dramatisation : elle se contente de montrer frontalement mais aussi de dos (et avec sympathie et altruisme) ce qu'elle saisit  Ses "modèles" (de commande ou non)  scrutent le regardeur ou l’appellent insidieusement. Ils semblent parfois s’amuser de l’effet qu’ils produisent. Michel Oui 2.jpgNéanmoins chaque cliché reste sobre. Et lorsque les lieux ne le sont pas en eux-mêmes la photographe leur impose sa rigueur. Le longiligne et les verticales structurent un langage particulier, très identifiable en retenue et discrétion libre de toute entrave. Aucun magister ne se fait trop voyant. Nulle aspérité mais nulle mièvrerie vient déranger le regard. Le monde tel qu'il est  se saisit sans le moindre fétiche. D'une photo à l'autre demeure donc un jeu spatial épuré. Et si Céline Michel décale le réel sans qu'on y prenne garde c'est pour que chaque cliché devienne par la vision sensible proposée un déclencheur d'idées. Au regardeur d'en faire bon usage.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13:50 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)