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11/01/2014

L’érotisme ludique du studio Ed-66

 

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Le regard sur le dessous implique un regard sur le jeu. L’oublier serait l’erreur suprême que le Studio genevois  Ed-66 refuse. L’humain dans la plénitude de sa chair n’est plus relégué à l’état d’animal. Le corps érotique n’est en rien paré comme une viande de boucherie et il échappe autant à tout opprobre moraliste. Demeurent des éblouis d’ivresses que généralement la pesanteur interdit. Contrairement à ce que pensait Baudelaire la volupté unique et suprême ne réside plus « dans la certitude de faire le mal ». Pour autant le studio  refuse de sacrifier à une vision romantique et spirituelle. Surgit à l’inverse une légèreté et une drôlerie.  Le sexe s’impose dégagé de sa honte. La photographie libère de la violence de la servitude, de l’assujettissement aux calculs. L’être peut enfin accepter des accords considérés comme inavouables. Il embrasse avec plaisir une forme de défaillance face à la raison. Ce jeu est donc nécessaire. Certains croient monter alors les marches d’un échafaud. Mais ils ne font que détruire ce qu’une forme de piété mal placée stigmatise de toute sa hauteur. Avec le Studio Ed-66  l’érotisme sauve le supplicié. Il joue et se rit de la raison là où se caresse et de dilue toute une mystique du « péché de chair ».

 

 

 

Jrean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

10/01/2014

Karin Lehmann : du minimalisme au sculptural

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Du minimalisme au sculptural

 

Karin Lehmann, « Une rencontre », Nar Gallery, Bienne du 23 janvier au 22 février 2014.

 

Les œuvres de Karin Lehmann sont autant de traques intempestives qu’iconoclastes. Le monde est diffracté en diverses scénographies où le concept de bloc prend tout son sens qu’il soit présent à l’état brut  (cf.  « Handle ») ou comme élément de mise en scène.  Les œuvres sont à la fois calmes et rosses elles abrègent bien des laïus et des explications tant elles s’imposent par leur puissance. Dans leur froideur elles restent imperméables aux débordements de l’outrance. D’où leur caractère de rituel ostentatoire au sein d’une nudité impressionnante. Loin des clichés kitsch qui ne font que délayer des gémonies secondaires, les « accumulations » de l’artiste ne préservent que l’essentiel  afin de créer des interférences imprévues, une syntaxe visuelle alambiquée au sein même de matières et formes brutes et parfois ironiques. Elles montrent combien nos cauchemars n’ont rien d’évanescents. Parfois un peu de douceur remplace la cruauté. Mais il existe toujours une pointe d’aiguille ou ce qui lui ressemble. L’image monte à l’assaut des ressemblances, s’achemine vers leur branlebas. Elle en traduit et n’en garde que ce qui est inoubliable mais sans insister pas. Il suffit que les apparences fassent pénitences en reconnaissant leur nature faiblarde. Si bien que le superficiel n’a pas le dernier mot de l’histoire. Sans forcément souhaiter qu’un jour elle lui torde le cou.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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09/01/2014

Saison Suisse : Vice et « Vertut » de La République

 

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Saison Suisse / Swiss Time Project : « La République, Medio Tutissimus Ibis », Vila du Parc, Annemasse du 18 janvier au 22 mars 2014.

 

 

 

Ceux qui se méfient des faussaires, des complices et des cannibales de la vérité seront ravis par les propositions de « La République ». Elles se veulent la transgression des édits d’une démocratie trop tempérée. Elles ont aussi pour but de faire dilater la rate par les sujets inépuisables que l’art généralement  prend au sérieux.  Et elle rappelle au passage qu’il ne faut pas compter sur les peintres de l’indicible pour révéler l’insondable. Les membres de son gouvernement espère mettre en exergue ce qui se passe derrière la surface des apparences. Le culte des mots  remplace celui des morts et l’artiste héros est détrôné au profit de l'histrion. Seul ce dernier pourrait vaincre le pire en  rappelant que la vie n'est pas qu'un leurre et  la mort un Shakespeare. A la jonction du voir et de l’entendre ce projet se veut  mutation. Clone de Matthieu Vertut - qui en a fait son « corps » et son  réseau de tribulations entre d’autres « corps » ( artistiques, politiques et économiques) – l’autoproclamé Président Vertut  a beau afficher sa République comme «  la fiction d’un projet utopique perverti, un espace totalitaire entièrement voué au culte du consensus mou, de l’individualisme, de la dilution de l’identité » puisque ajoute-t-il « au-delà du rêve social-démocrate-libéral de l’extrême milieu se préfigure une nouvelle forme de coercition et d’autoritarisme plus pernicieuse que toutes celles qui nous ont précédées », il y a loin du flacon à l’ivresse. Gouleyant et un rien dadaïste  les vœux « pieux » restent en état d’inachèvement. L’éloge de la liberté de cette république rentre de facto en « bien-pensance » peu ou prou comparable à celle qu’elle voudrait édulcorer.

 

Le nouveau pouvoir se prétend hors de ses gonds pour demeurer hors état de nuire mais il instruit une série de sophismes que les artistes ministres déclinent. Certains sont de vrais irréguliers de l'art  mais  ils ne peuvent rien face au cannibalisme que porte en lui tout système fût-il iconoclaste d’intention. D’autant qu’il manque sans doute ici les Artaud et Zarathoustra qui au lieu de participer à un système furent prêt non seulement à le mais à se détruire. Le projet était a priori stimulant mais la créativité du XXIe siècle y capote sous une énième forme de banalité post Duchamp et au salage situationniste. Une République ne sera donc jamais un ouvroir aléatoire et potentiel d’un possible mouvement ravageur. Son Président Vertut fait même moins bien que l’iconoclaste Joël Hubaut. Refusant toute présidence ce dernier se contenta de s’affirmer  « recordman du monde de lancer de camemberts ». Mais le Président en ses divagations farcesques se veut plus sérieux qu’il feint de le paraître. C’est là tout le problème. N’est pas Calvin qui veut pour prétendre fonder une république non bananière. Les « peaux » de ce fruit que Vertut lance sous les pieds de l’art ne sont qu’une contribution délétère à un pseudo renversement. Aucun « Diem » n’est tiré même des assauts de « carpe » de ses ministres. Le prétendu schisme bredouille. Cent ans après, il ne fait que parodier le dadaïsme. Il en devient même le cul de sac.


Jean-Paul Gavard-Perret.