gruyeresuisse

25/01/2014

Cyril Torrent et les femmes arcs-en-ciel

 

Torrent 1.jpgStudio Cyril Torrent, Genève.

 

 

 

Les mises en scène du corps féminin dans les photographies de Cyril Torrent sont l’aboutissement autant d’une pensée que d’un sentiment. Le créateur se confronte au nu en tant que langage de sublimation. Les effets de lumière sculptent le corps pour en saisir l’arc-en-ciel dont le sommet est toujours plus haut que l’orage. Jamais le créateur ne se laisse cerner par le pur effet de réel pas plus qu’il ne tombe dans des spéculations spécieuses ou de prétentieuses élucubrations où s’enchevêtreraient de laiteuses mystiques. Animé d’une extraordinaire liberté vis-à-vis du réel le corps nu est, certes, un moyen d’expression fécond mais il est là pour transcender le réel. Plutôt de provoquer la destruction de la femme en tant qu’idole évanescente il l’élève encore. A coup d’astuces plastiques il privilégie le corps sans d’autres buts que de le magnifier. Certains lui reproche un côté esthétisant, maniériste. Le photographe l’assume puisque le nu exposé n’empêche en rien un certain goût pour le mystère. A ce titre Cyril Torrent tient la femme pour le sujet poétique premier. Il crée des opérations visant  au merveilleux dans une fluidité et une légèreté qui révèle néanmoins une certaine solitude dans lequel le voyeur est remisé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:37 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

24/01/2014

La nouvelle poésie suisse et le merveilleux Miracle

 

 

 

Poésie suisse.gif« Moderne Poesie in der Schweiz », Antholgie de Roger Perret, Limmat Verlag, 640 p., sfr. : 54, 2014.

 

 

 

Roger Perret offre en édition bilingue une anthologie majeure de la poésie suisse. On s’étonne du peu d’intérêt qu’elle suscite. Mais ce silence répond sans doute  à la question : « Qui lit de la poésie en 2014 ? ». Les chiens hurleurs ont mieux à faire qu’à écouter les échos du bruit mystérieux de l’univers. Qu’importe : les poètes réunis ici les font surgir à la lisière de diverses cultures. Ils deviennent les étranges poissons volants sur le lac Léman ou celui de Bâle. L’anthologie prouve que la poésie n’est pas le piteux rendez-vous des cœurs brisés. Elle a mieux à faire. Y vivent des « marchandises » du monde dont les auteurs se font dockers et grutiers. Ils retroussent leurs manches pour pêcher leurs pépites non seulement où dorment les sirènes mais dans les hardes et scories de la ville. A ce titre les lecteurs de l’anthologie découvriront un des plus grands poètes non seulement suisses mais de la francophonie et du temps.

 

 

Miracle 2.jpgVoyageur de bien des rives, amateur de Lowry et de Pérec le Lausannois Marcel Miracle par son écriture et ses graphismes permet de comprendre l’univers à l’épreuve des pierres. Pas celles de lune mais  des déserts comme des pays du Haut Rhône. Archéologue sublime, le poète tire de ces objets statiques  sans signification apparente  la condition galopante du monde.  Pour le soulever il n’est plus besoin de vélins hydrauliques : la poésie suffit à celui qui sur le terrain écoute le monde crépiter. Elle  « déjoue  les apparences du fini non par la magie mais par l’observation » dans  « l’attente du déferlement de cette vague qui surgit du lointain ici et maintenant pour affronter le mystère du regard ». Marcel Miracle devient le griot scientifique. Mais il ne joue pas les sages et chatouille au besoin  les saules pleureurs sous leurs branches pour les tordre de rire. Puis  une bougie à la main il développe des équations dans l’Y des cuisses des femmes les plus fortiches en mathématiques. Rameur de bateau ivre, mangeur des fruits du hasard le poète fait donc bonne garde, « en limier toujours fin »  (Christian Bernard), face à ce qui se dérobe sous la terre comme sous les bas.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Dessin de M. Miracle (Galerie LigneTreize, Genève)

 

 

 

 

 

08:48 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2)

22/01/2014

Le romantisme particulier d’Alexandre Baumgartner

 Baumgartner bon.jpg

Alexandre Baumgartner  sans tomber dans un art conceptuel dégage l’art du romantisme  par sa façon de substituer l’affectivité à l’intelligence afin de repousser les limites plastiques. Aux découvertes intuitives du peintre de Bâle se superposent des connaissances intellectuelles "hérissées" dans ses réalisations d’alternatives diverses. S’il reste romantique dans son désir angoissé de parvenir à accomplir  ce qu’il cherche il  reste néanmoins classique dans la sobriété de ses réalisations même lorsque « l’esprit » d’une telle recherche pourrait inspirer à beaucoup d’autres  un certain relâchement. Conscient du rôle primordial du travail Alexandre Baumgartner refuse toute emphase lyrique. Il  « l’abstrait » dans une poésie de la retenue. Quoique proche d’une mélancolie panthéiste façon Amiel, il substitue à l’émotion béante et au don d’observation le moyen d’aller au-delà de la surface des choses tant par la stylisation des formes que par le kaléidoscope des couleurs. Il existe dès lors un abîme inéluctable entre la banalité de la vie et la magie de l’art. En ce sens l’artiste est aussi romantique que son contraire : arrimé à la nature il en recherche le substrat en proposant des stimulations formelles et chromatiques extrêmes et essentielles. Ce que Baumgartner dégage du réel tout  en s’arrimant à lui permet de découvrir des « lois » essentielles. L’artiste reçoit le monde de manière impressive : l’intelligence vient après afin de traduire l’émotion intuitive au point que ce qui est donné devient intelligible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)