gruyeresuisse

18/11/2013

Marcel Miracle : vues du pont

 

Miracle-DanseCrayon.jpgMarcel Miracle, "Danse Crayon, Sainte Croix Vallée-Française (Lozère) - le pont", Keymouse, 150 E.

 

Le plaisir du texte et de l’image hante certaines formes de nostalgie. N’en serait-il pas le centre ? C’est ce que Marcel Miracle affirme et nie à la fois à travers les vieilles cartes postales rehaussées de ses collages et de ses textes. Le Lausannois y propose un travail d’expérimentation poétique dont il a le secret. Il répond de la sorte aux exigences des éditions Keymouse.  Faisant suite aux  éditions Smallnoise elles offrent un espace original de création de l’imprimé selon toutes formes et supports.

 

Les collages astucieux et intempestifs deviennent des sortes de grosses « mouches » qui inoculent au vécu suranné une nouvelle jeunesse. Sur le contour sépia du lieu figé du village Marcel Miracle impose son rouge vif au détriment du coloris fané. Le sombre rose se coiffe de sombreros.  Et si le créateur semble affirmer : « Ne vous fiez pas à ce que je montre et j’écris » il ne faut pas le croire. Ses interventions recèlent une splendeur tranchante. Leur stylet scinde  les vieilles images pour les tatouer de ses chicanes.

 

A la disposition plus ou moins chagrine du pont de Sainte Croix Marcel Miracle offre une traversée incongrue. Tout bascule vers le haut dans une alchimie et un vertige. La cendre vaguement brune trouve sa mutation. Elle arrache de l’emprise morose des temps révolus. Il n’est pas jusqu’aux ondes des eaux en contrebas du pont  de  déborder de puissances latentes. L’artiste-poète en fait jaillir la vie folle et libre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

17/11/2013

L’Art Concret de Pierre Juillerat

 

 Juillerat 2.jpgLe Bernois Pierre Juillerat est l’héritier de l’école de Zurich. En ses rapports de lignes et de couleurs, apparemment le souci du décor est la figure essentielle. Pour autant l’artiste n’est pas un flambeur désinvolte. D’où son soucis de la méthode pour libérer tout en la contenant l’énergie créatrice. Mais sous le géométrisme, sa neutralité, son retrait surgit la vigueur émotive. Elle avance sinon masquée du moins dédoublée. Cette approche reste pour l’artiste la haute culture : l’art concret lui permet de brider l’affolement d’où les images sortent afin de les canaliser dans le but de leur donner plus d’intensité pour résister au chaos. Ce « constructivisme » distancie l’émotion brouillonne au profit d’une syntaxe revêche à l’ excès.  En conséquence l’artiste pourrait faire sienne la phrase de Beckett : « Tout ce que j'ai pu savoir je l'ai montré. Ce n'est pas beaucoup mais ça me suffit et largement. Je dirais même que je me serais contenté de moins ».

 

 

 

Juillerat.jpgPierre Juillerat emporte la peinture en une sorte de vue sans dehors ni dedans toujours éloignée du pathos. Chaque toile devient le vecteur d’une beauté du monde rendu à une clarté dégagée du désir de subjuguer par des bouffonneries plastiques. L4« abstraction » ne cherche pas le vide au milieu des choses mais leur exhaussement dans la rythmique des lignes et des couleurs. Le créateur en tire de nouveaux accords loin des fausses aurores contemporaines dont - dans bien des bluffs  - l’art regorge. Juillerat préfère le réenchanter sans acrobaties mais avec élégance du coeur qu’ignorent les séducteurs compulsifs. Elle fait paraître aisée des gravitations essentielles qui prennent valeur de méditation, de partage et d’échange au sein d’un travail  qui refuse le tournant machinique de la simple émotivité de surface.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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15/11/2013

Objets (in)animés avec plus d'esprit que d’âme

objet.jpg"Dictionnaire de l’objet surréaliste", sous la direction de Pierre Ottinger, co-éditions Centre Pompidou et Gallimard, Paris, 2013, 331 pages, 39 E

 

 

 

L’exposition et le livre « Dictionnaire de l’objet surréaliste » font la part belle aux artistes suisses. Le centre Pompidou et Didier Ottinger n’ont donc pas sacrifié à l’esprit franco-français. Meret Oppenheim , Giacometti occupent dans ce corpus une part non négligeable (euphémisme). Il est vrai que Paris pourra toujours se consoler en affirmant qu’ils ont « fait » des deux artistes des figures de proue du mouvement et de son falbala d’objets.

 

Mais le mérite de livre est aussi d’avoir ouvert au maximum le champ surréaliste en y insérant des créateur les plus récents (Cindy Sherman par exemple). Cette ouverture permet de contrebalancer beaucoup d’objets créés  dans les années 20-30. Ils  font figure plus de pièces ou bric-à-brac pour magasins d’antiquités que pour musées - même s’ils y trônent avec superbe en tant que fil rouge du mouvement. Reste sans doute à écrire un jour l’étude comparée des avant-gardes du début du XXème siècle pour remettre à sa juste place le Surréalisme  parmi d’autres mouvements. Les créateurs suisses y connurent aussi  un rôle majeur. De Dada bien sûr mais aussi au trop mal perçu Futurisme. 

 

Dans ce dictionnaire donné à voir et à lire aujourd’hui il faut vraiment revenir à Giacometti et sa « Boule suspendue » de 1930 pour accorder aux objets surréalistes une force poétique d’une dimension autre plus  platement ludique que cérébralement iconoclaste.  Face aux œuvres d’un tel créateur bien des statues sont anecdotiques et surannées. Leur visage de sel est celui d’amants irréels couverts de plume, avec un peu de sable sur leurs pieds. Ils semblent avoir eu - comme leurs créateurs - soif dans leur lit desséché sans comprendre que toute l’eau de leur renommée était partie se noyer dans la mer. Quant aux coqs surréalistes au panache blanc beaucoup se sont poussés du jabot afin de manger en un service de faïence. Mais exista parmi eux bien peu de Meret Oppenheim capable de métamorphoser une telle matière en poils.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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