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21/09/2013

Ann Loubert des Vosges à la Suisse.

Loubert.jpgJacques Moulin (textes) et Ann Loubert (dessins), « A Vol d’oiseaux », L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2013, 15 Euros.

Dossier « Ann Loubert », revue L’Atelier Contemporain, n°1, même éditeur.

 

 

Faire beaucoup avec peu n’est le fait que des artistes importants. Dans les dessins et gravures d’Ann Loubert à mesure que des fondrières s’organisent la lumière s’évade plutôt que s’amenuiser. Si bien que même lorsqu’elle accompagne les mots d’un poète (Jacques Moulin par exemple) la plasticienne dessine ce qui ne se dit pas et tire des mots leur âme de néant.  Ses œuvres ne cherchent pas l’éclaircissement elles témoignent de la complexité des formes à travers des sortes de signes qui surplombent l’abstrait et le concret.

 

Venue des Vosges et désormais suissesse et dans un esprit que n’aurait pas renié Cy Twombly l’artiste propose des états d’âme et de vie à coup de biffures. Il y a là peu de matière mais pas de vide. Les traits ne bouchent pas les portes de l’action pure. Leur conscience abasourdie reste une grâce noire et une coulée de sève sur le blanc. Chaque aquatinte ou pointe sèche propose un état vibratoire et un vertige. Ann Loubert les maintient  sans répit ni repos. L’idée de trancher, de séparer ne revient pas. L’idée d’union non plus.

 

L’image est arrachée à elle-même dans une patience piaffante. Cela est puissant, cela arrache l’empreinte graphique à toute passivité. Une solitude explose contre l’anéantissement que souvent elle induit. D’où la brûlure d’un tel travail. Entre sobriété et intransigeance l’artiste crée quelque chose de cuisant là où tout est nu à l’exception de brandons essentiels.

 

Chaque avancée du trait reste  une chute et une remontée. Chaque « rature » soulève le monde, le recommence dans un minimalisme particulier : celui de l’attente de l’attente du plus présent des avenirs.  C’est pourquoi, s’il existe un mourir dans cette approche, l’espace y demeure sidéral et sidérant.  S'y éprouve le moment fragile où l’être retrouve son langage primitif.  Dans l’amorce de tels récits toute parole  impossible. Il faut donc que le silence reprenne ses droits là où a lieu la transsubstantiation extrême de sa toute présence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

19/09/2013

Messie, mais non : portrait de Fabienne Radi en parleuse

 

Radi.jpgFabienne Radi, « Mais si », lecture avec images, micro et verre d’eau », 27 septembre 2013 à 19 heures, Standard de Luxe, Lausanne.

 

 

Dans l’allée et venue  de l’exposition « Le poil des Cavernes » de Babara Cardinale et Line Marquis, Fabienne Radi va proposer une lecture dont elle a le secret et où se même la connaissance, l’imagination et l’humour. L’artiste reprendra des fragments de deux de ses livres « ça prend » et « Nouveaux Tableaux » mais aussi l’improbable corpus du « Managing Structural Bird Problems » d’Ursula Achternakamp et al..

 

 

 

A tous les assoiffés qui collent leurs lèvres aux bords de tasses athées et face à eux Fabienne Radi claquettera en talons hauts de rose. Elle bricolera à sa main et à sa langue ses plaisirs en un coulis fuchsia et en envol d’hirondelles avant que l’automne ne les emporte.

 

 

 

Dans ses mille et un vertiges et ses penchants paniques, perchée sur la corniche de son  estrade bien des yeux masculins et féminins regarderont non sous ses jupes mais sur ses lèvres afin de se pendre à ses lectures désirantes qui éloignent du sommeil. Il est fort à parier que beaucoup tomberont dans les beaux draps que l’artiste aura tendus pour les recevoir.

 

 

 

Poussant la lecture en un chant pataphysique bien des poissons volants y frétilleront. Car celle qui a le gout pour  les racines carrées en extraira une lave sortie des crasses de la terre et des écumes du ciel. Ainsi dans le Standard de Luxe il pleuvra des cordes de savoirs et de rire puisque pour une fois quelqu’un  parlera bien plus que pour un oui ou pour un non.

 

 

 

Fabienne Radi redressera bien des courbes et remontera le fil de ses pensées en Barbie Girl d’un genre inédit. En ses vols imaginaires elle penchera un peu à droite puis à gauche. Puis elle mitonnera un délicieux repas livresque. Espérons qu’une chorale décuplera son chœur en spirale intraveineuse et en intonations excentriques sur les rives du Léman. Sur la berge - sait-on jamais - un manchot viendra peut-être lui tourner les pages de ses livres. A moins qu’il ne lui prenne la main.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

E2A : vers une nouvelle conception de l’architecture

E2A, Architecture Piet Eckert et Wim Eckert, Hatje Cantz, Ostfidern, 495 p., 68 E..

 

E2A.jpgLe livre qui reparait aujourd’hui dans une version complétée est la première monographie des deux architectes de l’office suisse  E2A : les deux frères Piet and Wim Eckert. Entre utopie et réalité ils présentent diverses solutions et possibilités qu’on retrouve ici à travers leurs  projets, idées, dessins et bien sûr réalisations. Elles permettent au lecteur de devenir un témoin intense des enjeux de la ville et de son architecte. Les deux architectes dans leurs projections s’intéressent tout autant aux qualités des matériaux qu’aux obligations que doivent respecter tout architecte inséré dans son temps et ses contraintes. De telles créations - dans la droite ligne d’un Ludwig Mies Van Der Rohe - représentent bien plus qu’une réponse pertinente à l’âge de la reproductibilité des technologies. Elles sont les signes précurseurs d’une architecture du futur dans laquelle et pour la méthodologie des projets la conception digitale prend une place très importante. A ce titre les frères Eckert sont les protagonistes d’une architecture postmoderne qui tient en compte des données sociologiques comme des données technologique et écologique de toute construction.

 

L’office E2A s’est fait connaître avec le projet pour la Heinrich Böll Foundation in Berlin. Les deux architectes se sont placés d’emblée dans l’avant-garde d’une architecture écologiste tournée vers les économies d’énergie mais orientée aussi vers des formes toujours intéressante. Ce projet a d’ailleurs reçu le « CIO Green Award » en 2008. Dans le même esprit l’office a conçu  le “Sport Facilities Juchhof » de Zurich pour lequel il obtint “the Swiss Solar Prize” 2008. On peut aussi citer le pavillon « Nouvelle Destination » pour « The Swiss National Exhibition expo.02 »  qui reçu le « Flying Fish » (award pour le design durable). Récemment plusieurs de leurs projets publics ou privés bénéficient du « Minergie®* Standard » (label suisse pour l’architecture durable). Le rapport aux énergies durables et nouvelles force les deux frères à coopérer non seulement avec leurs clients potentiels mais aussi avec divers services d’ingénieries afin de trouver des solutions et des formes innovantes ainsi qu’une vision transversale de leur art qu’ils enseignent  à la HafenCity University Hamburg.

 

E2A 2.jpgLes deux architectes sont aussi des créateurs de formes audacieuses capable de tamiser la lumière ou la faire entrer suivant les usages des bâtiments et leur situation. Chaque projet s'harmonise en douceur avec la tradition tout an accordant une vision contemporaine de l'architecture. Chaque création des deux architectes deviennent des espaces conviviahx puisque l'usager n'est jamais oublié.  C’est d’ailleurs un point clé de l’E2A héritier en cela de toute une tradition de l’architecture issu du Bauhaus que de l’architecture nippone post seconde guette mondiale (Fujimori par exemple).

 

E2A.jpgLes constructions des architectes zurichois  sont empreintes d'un minimalisme particulier et d'une extrême fonctionnalité. Tout est dicté par un art de vivre sans souci pour le tape à l'œil. Les architectures restent chaudes, protectrices.  Elles  deviennent peu à peu  des modèles pour toute une génération de jeunes architectes internationaux qui trouvent dans ce mode de construction un substrat aussi écologique qu'historique à une architecture avant-gardiste. L’architecture n’est plus considérée comme une façon de faire autrement, mais un moyen pour construire autre chose. De telles constructions  anticipent le futur sans souci d’un formalisme ou monumentalisme affiché.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret