gruyeresuisse

24/08/2013

Frédéric Wandelère entre la Castafiore et Schubert

Wandelère.jpgFrédéric Wandelère, « La Compagnie Capricieuse », Editions La Dogana, Genève, 112 pages, CHF 29 / 20 €

 

Frédéric Wandelère vit et travaille à Fribourg. Essayiste, poète, traducteur et  éditeur il a publié des travaux sur la musique (Hugo Wolf entre autres). Il a traduit en français des textes de lieder de Schumann, Wolf, Mahler et Schubert.  «Leçons de simplicité» est significatif de son esthétique et de son existence. Le goût pour la voix et le lied l’a poussé à la création d’une poésie rare - et sur un plan plus léger à réhabiliter la plus célèbre cantatrice du XXe siècle : la Bianca Castafiore des aventures de Tintin...

Les textes de son recueil sont brefs et aériens. Néanmoins rien d’évanescent dans leur  écriture : la précision des mots crée un rythme lyrique. Mais d’un lyrisme particulier : pas d’épanchements. Tout est en retenu là où insectes (sauterelles et libellules) et  poissons sont surpris dans des ballets kitsch. La mort y rode si bien que sous l’apparente légèreté la gravité reste de mise. Néanmoins l’auteur cherche  à retenir un sentiment extatique et éphèmère de l’existence. Chaque jour y devient un petit voyage au plus grand que constitue toute vie.

De chaque sujet le poète écarte la détresse et le chagrin comme le sublime et le prophétique. « Travailleurs de la mer » depuis qu’il a découvert le plongée sous-marin Wandelère y croise une pieuvre :  «Huit bras c’est peut-être un peu trop / Pour deux yeux de chèvre accouplés à un encrier... » écrit-il à son sujet. Comme on le voit le poète est  à mille lieues de toute mièvrerie, bucolisme et régionalisme. A propos de ce dernier l’auteur s’insurge : « Pourquoi les poètes de Suisse romande se sont-ils tous engouffrés dans cette voie? Ils s’enferrent dans de superbes métaphores qui n’ont plus aucun contact avec le réel.»  L’auteur préfère l’attrait d’un imaginaire qui ouvre le monde à d’autres émotions que celles du seul paysagiste alpin.

Il ne cesse de faire un enfant dans le dos de la poésie pour monter en une sorte de création hybride un pont entre le passé et le futur, fiction et poésie. Jamais cynique mais toujours insolent l’auteur revivifie le suranné.  Il règle les comptes à nos mémoires et aux livres qui leur tiennent de garde fou comme à nos souvenirs qui sont des cabinets d'amateurs bourrés de chausse-trappes.

Pour Wandelère la poésie inscrit le monde. Elle est sans pourquoi mais elle avance sans souffrir d’arthrose. Elle n’infuse jamais dans la vieillerie mais propose une nouvelle forme de narration dans un temps où la rapidité de lecture impose la forme la plus ramassée qui soit. Il n’y a de place ici ni pour colis fichés ni pour verroterie sauf à y voir débarouler un éléphant. Chaque devient objet de perçage contre la peur que l’on se donne ou qui nous est donné Tel un aviateur fou Wandelère fait planer le doute à coup de loopings. Chaque nuage traversé est un manteau de vision. Le poème ne sert donc  plus de croc de boucher pour s’accrocher à une langue  morte, il est là pour faire évaporer les idées noires et nous amarrer à celle plus claires du lendemain matin.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2013

Interview de celle qui a plus d'un tour dans son sac - Catherine Monney

Monney 5.jpg Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? La lumière du jour qui m'invite gentiment à vivre une journée nouvelle. 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Beaucoup se sont réalisés, d'autres sont en voie de….Je tiens beaucoup à mes rêves d'enfant.

A quoi avez-vous renoncé ? Je n'ai pas l'impression d'avoir renoncé à des choses mais bien plutôt d'avoir cueilli des wagons de fleurs.

D’où venez-vous ? Je ne sais pas, mais c'est un endroit très agréable et j'aspire à y retourner un jour.

Qu'avez-vous reçu en dot ? Le sentiment de gratitude

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?  Je n'ai rien dû plaquer du tout.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Le plaisir de ressentir et de contempler et de respirer tout cela

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Le fait que je laisse faire, que je travaille sans projet.

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Les ondulations de fréquence, leur forme, leur mouvement, leur couleur...

Où travaillez-vous et comment ?  Dans mon atelier, après avoir écrit, m'être promené et danser...

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? Un peu de tout, cela dépend du moment, j'aime bien aussi les chaînes de musiques classiques et le silence.

Monney 4.jpgQuel est le livre que vous aimez relire ?  « Frequence » de Penny Pierce

Quel film vous fait pleurer ? L'instit : Samson l'innocent

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme espiègle qui a plus d'un tour dans son sac.

 A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Aux amours secrets

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?  Bruxelles

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Giacometti, Niki de St Phalle, Matisse, Raoul Duffy, Anne Héritier, Aline Dubrome

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  6 mois sabbatique.

Que défendez-vous ? Le droit de ne pas être pris pour des imbéciles dociles

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Je n'aime pas les "pas"

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" J'aime beaucoup le OUI.

Interview réalisé le 23 aout 2013 par Jean-Paul Gavard-Perret

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22/08/2013

Georges Glatz et les voiles de la nudité

 

Glatz 3.jpgLes œuvres de Georges Glatz sont visibles entre autres à la Galerie De Grancy à Lausanne.

 

Une tradition assure que la photo de nu est un dévoilement. Mais ce n'est là qu'une variété de l'illusion, de la prestidigitation. Georges Glatz le sait : c’est pourquoi il double souvent le voile de la nudité d’autres voiles transparents pour suggérer la complexité de ce que le regard croit voir. Il met l’accent sur le  profit bien mince et puéril de la mise à nu. La " chose " ne gît pas sous le voile ; ni la femme sous sa nubilité. La nudité révèle toujours d'autres plis et replis : elle se déshabille infiniment. A l'inverse, les voiles dont le photographe recouvre ses modèles ne cachent plus leur peau, il montre ses « coutures ».

 

Pour autant ces voiles ne sont en rien des linceuls. Pas même ceux de l'agonie d’une petite mort. Dans le jeu du noir et blanc le corps se marbre au sein d’une beauté froide car à la fois offerte et retirée. Le film entre la peau et la voile reçoit ainsi l'échange de l'ordre de l'écharpe plus que de l'escarpement. Il donne les traces d’un corps autre et devient cosmétique : il orne et ordonne, cache et dévoile. Il désigne l'arrangement d’une harmonie distanciée qui se moque des lois du visible et de la convenance.

 

Glatz.jpgL'ordre d’un tel voile est celui d'une " variété " du monde féminin.  Tout se montre dans des effets trompeurs et superbes. Photographie, voile, peau sont de même nature là où Glatz moins que recouvrir ou dévoiler crée des chevauchements d’images afin de troubler le regard. Surgissent ou résistent des recoins, des replis, des zones instables, des régions denses, compactes, d'autres plus fines. Ce sont parfois ses zones noires, parfois des zones blanches. Elles explosent, fusent ou fuient.  Si bien que chaque photographie se feuillette comme se feuillette comme un livre.

 

Glatz 2.jpgContre le bâti classique de la photographie de nu, le Lausannois crée une dérive presque métaphysique. A la fois par le choix du noir et du blanc et dans la mesure où le corps est saisi le plus souvent par fragments. Il devient un patchwork, un manteau d'Arlequin (couleurs en moins). Certes par le local et la proximité la photographie suppose le global, le lointain. Se connectent par ce biais  l’éloignement et la proximité, le visible et l'invisible, le su et l'insu, le tabou et sa transgression. Le nu se met à foisonner par ce qui le nie et l'oblitère. La boulimie du regard passe donc par l'anorexie visuelle programmée. Le monde se perçoit comme entouré : on voit donc moins. Mais sans doute mieux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

15:02 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)