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08/11/2022

Blanche neige, noire soeur : Catherine Andrieu

Andrieu bon.jpgLes miroirs que Catherine Andrieu traverse s’emplissent de corps soufflés. En magicienne elle tisse des sorcelleries discrètes, raccommode les clairs de  terre à coup des hommes de ses songes parfois tueurs ou presque  pantins somnambuliques. Ils  bercent et  inquiètent. Le ciel, ivre du germe de ces œufs de démence, demeure vierge et blanc. La créatrice semble dire à l’homme : Lève toi, jette la dépouille du monde et fait moi danser. Mais si elle mêle Eros à Thanatos, elle fait fondre le second dans  la vitre du réel comme de l'imaginaire où surgissent des apparitions qui contiennent tous les âges. Et dès lors les deux livres expriment une sensation de l'ineffable. Cet ineffable qui étymologiquement ne se parle pas, ne peut être verbalisé mais se découvre dans une telle recherche. Celle-ci pose la question du corps. Corps désirant, corps inachevé ou non et encore en suspens en en équilibre instable.
 
Andrieu.jpgEt ce dans un but précis. Car si selon Nietzsche  "La réalité n’est que la douleur et la représentation est née de là", Catherine Andrieu veut sortir de ce cercle par une poésie féerique, magnétique mais pas n’importe comment. Elle devient l'instigatrice particulière de vibrations viscérales de l'instinct  mais aussi métaphysiques du corps en sa mentalisation. L'écriture induit un ordre, un rythme, une tonalité particulière. Il ne faut  pas que l’homme redevienne enfant au sens d’un être puéril (rêvant dans la femme) mais qu'il s'assume face à elle en lui apportant ce qu'il existe parfois de plus tragique, parfois de merveilleux. Loin des leurs abris des feintes symboliques comme du pathos ou encore de la seule détresse intérieure. Dès lors Catherine Andrieu crée, en digne héritière des poétesses surréalistes - je Joyce Mansour à Eleonora Carrington - une connaissance proche d'une folie agissante que le désir intensifie.
 
Catj.jpgUne profusion d'images ne laisse jamais s’évanouir la complexité des affects. L'auteure les condense afin de mettre à nu des suites de métamorphoses, de renaissances.  Subtilement érotiques et métaphysiques chaque texte devient un chant d'amour terrestre et mental. "J'aime comme tu bouges tes doigts, c'est tellement érotique l'intelligence" pourrait être sa synthèse. Dans un rythme d'écriture singulier  elle laisse le lecteur à la fois guidé mais aussi abasourdi et sonné par un "chemin d'erre" en sa compagnie et dans un élan presque irrépressible. Ce compagnonnage charnel et spirituel témoigne d'un monde fascinant, émouvant et voluptueux. Les métamorphoses créent un fleuve Amour qui n'a rien de tranquille et pousse à la distance comme à l'intimité. Existe donc bien  ce qui vient du désir et qui reste inexplicable chez les "mammifères mystiques" que nous sommes. Ajoutons que ces deux livres deviennent la preuve que l'imaginaire ne coïncide jamais tout à fait avec l'être physique même dans l'effusion du sexe intérieur dont il s'agit de fixer les contours mouvants.  Jusqu'au sein de ses cicatrices la chair mystique est toujours à refaire. L'amour-connaissance doit lui obéir.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Catherine Andrieu, "Amours & jeux d'ombre", ""Refuge, journal de l'oubli", Rafael de Surtis, Cordes sur ciel, octobre, 2022, 38 p. et 40 p., 17 et 15 E..

Commentaires

Excellent texte.
Du vrai jpgp !
Bravo

Écrit par : Litzler Philippe | 08/11/2022

Merci beaucoup.

Écrit par : gavard-perret | 08/11/2022

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