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30/09/2022

Yann Courtiau : David Bowie cannibale lecteur

Bowie.pngYann Courtiau, "David Bowie - Lector in Fabula", La Baconnière, Genève, 2022, 200 p., 20 € / 24 CHF
 
Jadis disquaire, encore DJ à ses heures perdues, Yann Courtiau est libraire à Genève. Il travaille principalement sur les rencontres entre musique et littérature et a publié en  2019 "Frictions" pour illustrer ce que la littérature a fait à la musique et vice-versa. Dans une sorte de cas pratique de cette thèse il propose un portrait de David Bowie très particulier. Celui d'un lecteur d'abord débutant, puis omnivore qui trouve dans cette activité un moyen de cultiver sa révolte,  sa transgression et aussi sa sagesse. 
 
Il va se nourrir de ses lectures. Celles dont il a lui-même parlé (Kerouac entre autres) mais pas seulement. Lecteur "vorace" dit l'auteur, David Bowie a laissé une liste de livres qui devint celles de ses voyages littéraires. Car en dehors de ses lectures de Kerouac, Nabokov, d’Orwell, Chatwin, il   lisait bien d'autres auteurs : John Rechy, Anatole Broyard, Sarah Waters ou Muriel Spark. Ce fut pout lui  non seulement un moyen de compléter son éducation mais d'éprouver sa liberté.
 
Chez Bowie la lecture n’accompagne pas seulement la création artistique mais la présage comme elle anticipe ou accompagne aussi des grands mouvements de sa vie. Et si l'auteur explore principalement la liste des cent titres préférés de Bowie qu’il avait établi pour l’occasion de l’exposition "David Bowie Is" (2013), se retrouvent aussi les livres qui firent - selon le questionnaire de Proust du créateur - son bonheur : à savoir "la lecture".
 
Jean-Paul Gavard-Perret

29/09/2022

Léonard Von Muralt : histoires des signes

Von Muralt.jpgLeonard Von Muralt, "Il est plus tard que tu ne crois", Heinzer-Reszler, Lausanne, 29 septembre au 19 novembre 2022
 
Diplômé de la HEAD de Genève en 2016, l'artiste et musicien Léonard von Muralt vit et travaille à Lausanne. En 2015, il remporte le concours du canton de Genève pour une sculpture-mémorial de Nelson Mandela dans le parc du siège de l'ONU. Il est également chanteur et parolier dans les groupes ChâteauGhetto, Azur3000 et Encore Leonard.
 
Par son travail de sculpture et d’installation, des formes et des motifs vernaculaires questionnent le rapport au temps et à la nature en une approche sémiologique pour une lecture contemporaine.  Différentes temporalités dialoguent pour que le public réfléchisse au caractère construit et arbitraire du rapport signifiant/signifié et aux mutations sociales et culturelles que portent un motif, dans sa persistance ou sa résurgence.
 
D’où la densité émotionnelle d’une œuvre qui joue des références culturelles en les métamorphosant. L’art devient une activité - qui montre ce dont le corps est plein sans en chasser l’esprit afin que chacun ne vive plus sans exister. Le tout par d'habiles révisions et un travail de fétichisme iconoclaste.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

Les monstres optiques et comiques de Kenny Scharf et ses déclics

Sharf bon.jpgKenny Scharf, "Moods", JRP Editions, Echandens, juin 2022, 380 p., 50 E.
 
Kenny Sharf aime faire parler ses pièces de monnaie de signes. Il a commencé cette série de tondos "Blimpy"au conceptualisme psychédélique pour son exposition immersive Universalis à La Nave Salinas, Ibiza et pour son exposition massive intitulée ''Moodz'' chez Jeffrey Deitch à Los Angeles. Le rond est devenu pour lui la forme idéale et il ne cesse de jouer avec ce format.
 
Scharf.jpgCe livre rassemble l’ensemble de la série "Moodz" ainsi que des vues d’exposition et de la documentation liées au projet. Il comprend un essai du galeriste et figure culturelle américaine Jeffrey Deitch, et une interview de l’artiste par Lio Malca. Celui-là peint des visages au pistolet depuis 1981. D’abord furtivement, dans la rue, il apprend à développer des images spontanément et rapidement. Pour  "Moodz" il a créé un vaste corpus d’œuvres dans un ensemble rigoureux de contraintes, mais avec des possibilités infinies. Ses gestes utilisent tout son corps. 
 
Scharf 2.jpgLe processus est totalement physique, comme une danse. Pour lui la  peinture au pistolet est le moyen le plus direct de créer une image.  "Il n’y a pas de mensonge avec de la peinture en aérosol" écrit-il. Scharf y trouve un souffle de liberté. La pensée  ludique y roule comme dans une chair ouverte sans laisser trainer les vieilles branches du sens. Ici il déserte pour le plaisir et afin que le rire du coeur balance dans l'oeil toute sa jovialité
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret