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17/08/2022

Stéphanie Lugon "lectrice" de Charles Gleyre - derrière l'image

Lugon.jpgObnubilée par la beauté charnelle de "La Jeune fille dans un intérieur pompéien" du peintre Charles Gleyre, Stéphanie Lugon, veut comprendre ce qui constitue l’effet de sidération du tableau. Existe donc là une suite de " réflexions sensitives" à partir de l'oeuvre où se crée un affolement certain des sens. Mais l'essayiste questionne tout autant la construction culturelle du regard sur le corps féminin
 
Conservatrice de musée, historienne d'art, elle fait de l'écriture "un moyen de ranger le monde, comme une offrande et comme une consolation". Et ici elle permet d'approfondir le pouvoir d’attraction du nu féminin. Il est creusé pour mettre au jour ce qui s'y joue. Pour cela, Stéphanie Lugon paie de sa personne : elle se prend ironiquement comme propre objet d’étude pour explorer les arcanes de la peinture en retraçant l’itinéraire intérieur qui la lie au tableau.
 
Lugon 2.jpgAu delà d'une simple "discipline cérébrale" d'analyste picturale, l'écrivaine permet au corps et à ses émotions de parler. Dès lors son expérience intime donne l'occasion de laisser poindre la puissance de la peinture. Elle devient en conséquence une auteure engagée mais d'un genre particulier. Elle prouve avec verve comment articuler ce qui paraît incomptable. L'empathie et l’érotisme  sont scrutés. La beauté traverse de sa douceur, là où une croupe se tourne vers le jour pour obscurcir tout le reste sur lequel l'ombre tombe.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Stéphanie Lugon, "Jeune femme dans un intérieur lausannois", coll. SushLarry, art&fiction, Lausanne, septembre 2022, 76 p., CHF14.90..

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