gruyeresuisse gruyere

07/08/2022

Un mâle de chien (allez gros none trope haut)

 
Ordioni 15.jpgDu jour de ma naissance à Maxilly jusqu'à fort tard j'ai appris à ne rien ressentir, penser et éprouver. A peine voir et entendre juste ce qu'il fallait dans l’indifférence moins à autrui qu'à moi-même. Mais dans un but égoïste : me sauver et tenir en l’ignorance du monde et le non-souci de l’avenir jusqu'à au moins seize ans et que le père victime d'un AVC reste paralysé. Ce qui ne donna l'impression d'entrer par la sortie où, le passé m'ayant trompé, le présent me tourmentait. Le temps qui me semblait peut-être lent, me mentait désormais autrement. C'est donc avec retard que je naquis comme si ma vue m’avait empêché de regarder le  début. Dès lors comme arrivé d'ailleurs ou de nulle part je reviens de rien, je sors de tout. Du moins tant que cela est possible. Non vivant malgré moi mais pour éviter la chute : c'est pourquoi je me souviens même plus d’avoir été ce que je suis devenu. Craignant d’avoir été aucun de ceux appelés à être parmi les miens, ni aucun de ceux au fond duquel j’étais. Qu'ai-je fait sinon accomplir ce qui m’agissait, penser par ce que je voyais à travers les yeux des autres ? Je ne suis donc pas ce que j’aurais voulu décider d’exister. Sans doute craignais-je d’être où j’étais parvenu en souhaitant me situer  le moins possible dans ce qui m’arrive. Je me concentre pour ne ressembler à rien de la houle de la mémoire sur la cène de l'écriture même si nous y sommes condamnés - comme  à voir tout ce qu’évoquent par ensorcellement comique ce que le verbe et l'image éberluent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo Claire et Philippe Ordioni

Commentaires

Inquiétude métaphysique émouvante . Attendre la grâce comme un parfait janséniste .

Écrit par : Villeneuve | 07/08/2022

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