gruyeresuisse

04/08/2022

Ô Séant

Al Varlez.jpgll n’y a personne dans l'océan. Juste elle qui se laisse  caresser et lécher par l’eau salée. Ses jambes tremblantes ont froid sous sa jupe rouge bouffie, ballotée, retournée. Avec dessous tout le secret du monde qui tangue. Sous les voiles d’écume, elle écarte les jambes, et en cachette dans le flux qui va et vient elle sent son souffle gonfler, haleter, monter, prêt à se déverser dans un lieu  plus grand encore. Elle se laisse porter, légère, le visage brûlé par le soleil. Elle est seule avec le monde entier avant de retourner sur la plage, étourdie car elle vient de se faire plaquer par la vague contre le sable dur.  Elle reprend ses espadrilles, la jupe mouillée collant au corps, remonte la plage pour regagner la ville qui sursaute tandis qu'un torrent de vague à l’âme claque sur ses coronaires. Elle frotte une grosse larme, l’air est pur et ses mots rouges s’en vont se serrer, puis s’assouplir et mourir noyés sur la peau encore moite. Je ne sais pas si elle m’a vu. Je ne sais rien, c’est là le mystère mais moi je l'ai vue. Le regard lointain arrêté dans le temps. Émerveillé de peur, je l'ai dévisagée d’un coup. Mais mon sourire ne tient pas debout quand je la vois. Que resterait-il de nos deux peaux.  S’aimeraient-elles  à se fendre. Il resterait quelques vêtements, des souvenirs. Comme il fait chaud, ouvrir la fenêtre, hissé sur la pointe des pieds. N’y voir rien, y voir fort. N’en rien dire mais sentir sous soi les jambes entières se dérober comme une chaise en bois vieilli. Les yeux roulent en chantant, la bouche pleine de salive. Fenêtre claque, grince, tremble trop ouverte. Mais comment serait-elle trop ouverte ?
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Collage de Al Varlez

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