gruyeresuisse

03/08/2022

Le monde selon Jeanne Susplugas

Sus.jpgJeanne Susplugas surprend dans un travail de lisière où elle joue mais de manière très discrète entre innocence et (peut-être) cruauté… Toujours à la limite des choses dans chacun de ses registres (dessins, photographies, installations, vidéo) il existe  une séduction première. Mais très vite le spectateur peut se demander ce qui se cache derrière….
 
La photographe sait que chacun vit enfermé dans une projection de ce qu’il est, en dépendant du regard des autres à savoir ces figurants qui ont fonction à entretenir cette image qui sans eux ne tiendrait pas. Et l'apport d'un masque n'y change rien. Existe ainsi chez elle la matérialité angoissante du réel figurée de diverses façons. Cela lui rappelle ce qu'écrit dans la "Méthode Schopenhauer" Irvin Yalom, "quand on se réveille découragé au beau milieu de la nuit, les ennemis qu’on avait terrassés il y a bien longtemps reviennent nous hanter."  Dès lors pour elle être ensemble avec le monde  est une forme de leurre, mais nécessaire. 
 
Sus 8.jpgReste à savoir ce que ça cache : ses images  frontales mais en rien vindicatives l'illustrent sans mise à distance cynique du réel. Il faut l'affronter. Le tout est offert sans être à disposition ou, plus précisément encore sans être exploitable. C'est là et ça tient.  Par le regard. Jeanne Susplugas ne prêche pas, ne démontre pas : elle nettoie dans ce qui reste avant tout  une ode au plaisir visuel. Elle préfère le constat et le jeu formel saupoudré d’un brin de candeur équivoque dans des dispositifs qui touchent une troublante intimité jamais violée. S’y dégage par échos et en filigrane une poésie fragile.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

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Écrit par : admin | 04/08/2022

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