gruyeresuisse

31/07/2022

Obsessions intimes et générales - Frank Perrin

Perrin 2.jpegFrank Perrin, "Je suis Frank Perrin", Dernière Saison - 7n The Fighters, Galerie Analix Forever, Genève
 
"La beauté, la mode, le spectacle, la planétarisation du futile : j'essaie d'attraper ces choses-là" écrit Franck Perrin fasciné par des images extérieures comme celles de son essence. D'où ses montages en une  "mousse des vagues de l’obsession". L'artiste cherche à rentrer dans le centre des choses et des situations pour en tirer l'essence et offrir la complexité de l’époque.
 
Perrin 3.jpegCréateur, photographe, artiste, Frank Perrin est aussi philosophe, critique d’art, commissaire d’exposition et désormais écrivain. Il explore de façon sans cesse renouvelée nos obsessions contemporaines et nos fantasmes collectifs, dont il nourrit, série après série, l’équivalent d’un catalogue raisonné. Pour lui ce qui est direct, « simple » est le plus compliqué et il le prouve dans ses oeuvres récentes intitulées "Blind Test" où se mélangent références historiques et rêves futuristes.
 
Perrin.pngSon combat se place entre l'incandescence des images et l'abandon de la photographie. L'artiste ne cesse d'inventer au gré des folies du monde, il crée puis passe à autre chose. Son premier livre (sur Guy Debord)  va sortir en 2022.  Et il est certain que c'est là une Inspiration maximale de ce créateur dont les prochains films, sur Arte (la série Klash! L’art en acte), dès le 10 octobre 2022), feront vibrer  les souvenirs de lendemains perdus.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

30/07/2022

"Pro" dis-je

Coq.jpgJe dois accorder à ce que je nomme mes idées un peu de la nature désinvolte dont elles sont le fruit. Je ne leur donne  pour importance que celle de redresser mon humeur afin de la rendre courtoise à celle qui m'accorde ses bontés coutumières (que par ailleurs je lui rends bien). Elle agrée une certaine qualité à mes pénétrations qui la conduisent à ne plus souffrir de son existence.  Bref j'entre dans ses profondeurs sans qu'elle ne s'en offusque.  Mais ce qui la satisfait est - dit-elle - reste ma capacité à la rendre folle par une telle inclusion dans le crépuscule qui baigne la chambre de l’hôtel Balzac de Loche. Je créerais, toujours selon elle, un état de légèreté, de flottaison vaporeuse en une zone qu'on peut nommer terminaison nerveuse à qui j'accorde une bienveillance notoire. Cette propension n'a rien d'exclusive : je la réserve  aux cœurs tendres et aux corps en adéquation avec icelui.  Il s'agit de  pratiquer une sorte le long chemin qui mène à tout sauf à ce qui tient d'une montée au calvaire. Du moins pour celles qui ne sont pas frappées de la honte d’avoir un corps et ne cultivent en rien une répugnance envers lui. J'exclus donc celles qui ne songent qu'à implorer le ciel et prononcent le nom de Dieu eu égard sinon à un mal psychotique, du moins à une forme de deuil intérieur au souvenir de la fraîcheur de l’enfance désormais en allée.  Celles qui n'en souffrent pas savent que l’impétueuse domination n'est pas de mon fait. Pour détacher une compagne du fond monotone des jours j'espère chaque fois concrétiser pour elle quelque arcane d’espérance. Son coeur bat ainsi  sa bonne mesure. Quant à sa raison elle ne se manifeste plus que par son insuffisance. Entre la possession et dépossession disons que tout roule et suit le plus parfait des cours puisque la substance émotionnelle n'est pas effarouchée : elle s'en trouve à l'inverse subsumée plus souvent qu'à son tour. Certain(e)s diront que je me vante. Mais la fièvre qui embrase ma partenaire et la conduit parfois jusqu'aux pleurs, permet facilement de prouver le contraire. D'autant que je sais parfois non prendre le large mais trouver une façon de - et si je peux m'exprimer ainsi -  passer derrière ma compagne  pour qu'elle trouve sa joie plénière éloignée de l’offense.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo Mathilde Coq.

29/07/2022

Hors Ange Mec à nique

Da 2.jpgEncre sèche et bille bloquée. Sex toy et car à hoquet. Les doigts qui serrent trop fort se crispent. Le poignet n’est plus mobile à la base de la main comme au rayon des nouilles et des robes en soi - ce qui fait une belle entorse aux genres qui ne s'en  remettent pas mais - qui plus haie - en n'ont rien à foutre. L’avant bas brûle comme si il fut trop utilisé en hommage à une sorte de muscle qui n’existait que dans le vide avant le grand soir où il la rencontre et  ne cessa de s'acharner en Elle, zèle dans le blanc de sa cuisse - ou presque . Mais comme sur la dernière image d’un vieux film américain se surimpressionnait déjà les mots "The End" avant d’essuyer taches et  larmichettes et de rallumer la lumière de la chambre jusque là plongée dans le noir. Les autres en restèrent baba en Rome et Cinecittà n'ayant rien vu d'un spectacle dont ils espéraient tant de troubles. En lieu et place l'ombre les a laissés face non à une fiction mais à leur propre histoire. Certes ce n'est pas la mère à boire. Pour eux cette dernière a versé tant de pleurs et  lui, devenu vieux, la mate chaque soir lorsqu'il sort fumer sur le balcon histoire de soigner  un diabète de type 2. Longtemps il la crut disparue mais comme lui elle survit à la transformation du monde. Il se tourne alors vers le passé, caresse  l’idée de la  revoir sans savoir lequel des 2 aura été le plus victime du temps. Parfois l'envie lui prend même de  retourner vivre avec elle puisqu'elle lui fit vivre les moments les plus intenses de sa vie. Il louerait une chambre à l’hôtel qui donne sur la plage et son promenoir. Bref il la revoit telle une vedette en bikini à fleurs prenant la pose sur le sable tandis que  sur la route de la corniche filaient des Facel-Véga. Mais ce, avant que lui-même  aille travailler à l’usine en 3/8 puis en une  station-service comme pompiste de nuit , plus dans une vie de précarité que de misère ta littérature. Il reste à ce titre mélancolique et son film hollywoodien perd des couleurs à la Nathalie Kalmus.  Chaque matin se réveille dans le même décor que la veille, sans heurt sans même s’en rendre compte. Aujourd’hui succède à l'avant  comme si le temps demeurait d’un seul tenant dans sa grosse thé hier.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo de Laetitia Da Beca