gruyeresuisse

30/06/2022

Mary-Laure Zoss le long de nos racines

Zoss.jpgMary-Laure Zoss vit à Lausanne. Son premier livre, "Le noir du ciel" fut publié  en 2007 aux éditions Empreintes.  Elle a publié ensuite chez Cheyne éditeur des recueils :"Entre chien et loup jetés", "Où va se terrer la lumière", "Une syllabe, battant de bois", "Au soleil, haine rouée" qui - à les lires à l'aune de son nouveau livre en  trois temps - en paraissent comme des esquisses
 
Zoss Bon 2.jpgToute une rythmique se crée en un subtil montage lui-même "tenu debout parmi ; dans une façon de vestibule – ciel // ramifié, claire-voie des oiseaux; d'où peut s'élancer quoi ; // avant l'irrecevable – dès lors qu'ainsi seulement on // évalue ce qui vient ; avant les feuilles, leurs rudiments frais //qu'on déplie". 
 
La vie ne cesse de se poursuivre en quête de ce qui finalement nous reste :  une âme trouée et un vieux corps à la recherche d'une pensée frêle (en rien idée courte) qui paradoxalement se muscle au fil du temps. D'une matière cahoteuse, la poétesse atteint des  escarpements sur lesquels il faut parfois buter. Mais le jeu en vaut la chandelle. C'est la bonne (ou la seule) manière de faire corps avec ce qu'il advient.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Mary-laure Zoss, "seul en son bois, dressé noir", éditions Fario, 2022, 80 p., 15,50 €

29/06/2022

Corps nus et vérité du monde : Stéphane Fretz 

Fretz 3.jpgStéphane Fretz, "Mondes", In Media Res, n° 12, artfiction, mai 2022, Genève- Lausanne.

Reprenant l'idée de  Valéry ("ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est sa peau") et avec  un texte inédit de Michel Layaz, Stéphane Fretz réinterprète le thème de la nudité.  Et dans son aspect post-warburgien il continue son travail de rassembleur et de créateur.

A chaque regardeur (plutôt que voyeur) d'interpréter ce qu'il voit. Fretz.jpegL'artiste ne cherche pas à prouver : il propose des lignes et des surfaces de "réparation" qui sont des "marges" à suivre. La nudité telle qu'elle apparaît ici efface le temps ou le retient. Existe une magie suprême  d'une face cachée mais lumineuse d’avalanche ou d’Ascension incarnée. 

Stéphane Fretz sait comprendre sans s’emparer, traduire sans réduire. Mettre à nu sans déflorer. Renaît la  lutte - entre les corps et le Corps, le monde et les mondes, entre l'Esprit et les esprits - un désir peut-être de réconciliation entre vues et voyeurs. Un rien dénaturalisée l’apparence apprend à se méfier de sa propre séduction. Le réalisme ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’amour dont on ne saura jamais rien sinon ce que Fretz en suggère à travers une histoire revisitée du nu dans la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane Belzère entre le réel et l'imaginaire

Belzere 2.jpgFils des peintres Jürg Kreienbühl et Suzanne Lopata, le franco-suisse Stéphane Belzère après des premières œuvres influencées par le réalisme de ses parents, débute en 1995 une série de peintures, "Les Bocaux anatomiques" où il peint des cerveaux et des organes d’animaux conservés dans des bocaux de formol.  Ce motif source d’attraction et de répulsion est devenu obsessionnel chez cet artiste et lui permet un dialogue entre la chair  et la matière peinture relevée par les couleurs et la transparence du liquide.
 
Belzere.jpegIl poursuit cette thématique de la chair, non sans humour, dans ses "Tableaux-saucisses" notamment, à partir de sa propre collection d'aliments en conserve puis avec ses "Tableaux longs" fruits d'une observation minutieuse des sédiments déposés au fond des bocaux de préparation anatomique. Les strates de matières délitées et agrandies évoquent des paysages glaciaires ou intérieurs, des mondes réels ou imaginaires, entre figuration et abstraction.
 
Son travail révèle un monde qui impacte l’informe et la forme, l’organique et la chair, l’intérieur et l’extérieur. Stéphane Belzère cherche à voir à travers le visible, comme par transparence, la vie des formes et les formes de la vie. Le Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg lui consacre actuellement une exposition, "Mondes Flottants", où sont présentés deux cents "flûtes" (bocaux de mammifères, reptiles, etc.) du Musée Zoologique de la ville, en regard de ses peintures ainsi qu'une installation ("Les Mains des Anges"), œuvre participative et évolutive dans laquelle l'artiste met en bocal le moulage d’une main, en pleine complicité avec les visiteurs du musée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret