gruyeresuisse

18/06/2022

Mues tant

Warner.jpgSur nos corps, des yeux roulent comme des billes. Voici les innocences noires, des portions d’enfance jamais connues. Dans l’intime barbarie, corriger le un avec le deux. Soigner le fruit plus que le tronc : s’il le faut loger l’ait dans la racine, insister aussi sur la fleur (sans violence en capturer le parfum). Et quand le deux n’absoudra plus l’un retrouver la barbarie d’aimer.  L'amour sera ainsi toujours la césure de la main amputée, l’absence si peu prolixe de dieu. Isolé il n’existerait même pas, réuni il démembre le rêve pour mieux le remonter. Quelque chose communique avec tout.  Il est notre image, nous sommes son reste qui se consume : une évanescence à peine visible qui se désagrège dans cette hypothèse du temps comme une promesse non tenue (peut-être formulée à une autre époque). Errantes, allongées, défroissées, berçant nos vides et nos creux,  repliant la nuit, nos  mains comme cassées sur nos peaux presque endormies flottent entre vagin ravissoeur et verge avisée.   Fumets flambés de tous nos membres. Une même veine jaillie d’une même pierre nous sépare de notre propre pensée. Un de une, nu de nuée : parviendrons-nous  à modérer le froid de l’hiver sur cette île perdue du corps avant qu'il se change en poussière ?
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo de Martine Warner
 
 

Les commentaires sont fermés.