gruyeresuisse

21/05/2022

Je, suie

Frederique Longree.jpgTempes sous l'enclume, les synapses brûlent. La suie cérébrale étouffe et étourdit le langage. A l'écume du jour, aux ressacs des nuits le visage voilé efface l'éveil. La couture des désirs se défait. Quant aux ourlets de chair ils gonflent le sac d'os juste pour contrarier l'insurrection de la pesanteur des sens inopportuns. Qui pour oser le songe ? Le doute est permis. Lents demains dans le temps où germe le monde des ombres. Gronde la terre tandis que grincent les mâchoires sur des psaumes incertains. Des balles bues cimentent et colmatent le dénuement. Glissent encore quelques mots, s'acharne la langue pour dire ce qui se fige et s'efface. Entre crainte et l'attrait un certain néant mord tout signe dans le grincement de la mécanique. Des grognements subsistent, tintinnabulent, s'enlisent. L'insuffisance est notoire en des entrailles dont les spaghettis ne conjuguent rien qui vaille. N'en demandons pas plus. La bouche s'étire comme un trou de cendres. Si lent aussi va le dedans.

Jean-Paul Gavard-Perret

Oeuvre de Frédérique Longrée

20/05/2022

Roman Selim Khereddine : chienne de vie

Kheredine.jpgRoman Selim Khereddine, "Hard-Won Images",  Espace 3353, Carouge-Genève, du 2 avril au 5 mai 2022.
 
 
Depuis plusieurs années, le travail a de Roman Selim Khereddine porte sur les relations que les humains entretiennent avec les animaux. L’artiste produit principalement des essais vidéo basés sur des images trouvées sur internet. Ces vidéos sont empreintes autant d'empathie que d'humour corrosif.
 
Kheredine 2.jpgHard-Won Images est la nouvelle donne de cette recherche. Elle prend racine   au Maroc et met l'accent sur une interaction entre un homme et son chien filmée au marché canin de Casablanca. L'installation alimente le discours sur les images trouvées avec celui des images « pauvres ». Une réflexion s’établit sur le genre filmique issu de ces vidéos amateur tournées sur smartphone et en un subtil jeu de décalage et de détournement,
 
Kheredine 3.jpgDans les différents mouvements de l'homme et du chien l'artiste représente l’histoire et la trajectoire de la relation entre les humains et les autres animaux. Mais - au-delà le chien  symbolise  toutes les personnes mises en scène et marchandées. C'est donc moins le point de vue de l’animal qu’il s’agit d’adopter, mais de voir le reflet peu flatteur que nous renvoie l’animal face à une humanité dominatrice et prédatrice.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

19/05/2022

Cils hures

Veronique Sablery.jpgMaraude vers le point mal dit de chute. Aux caprices de tels jeux, aux clartés de tendresse qui soulèvent le souffle et tiennent le tremblement, il plie son dos pour acérer l'espace où il s'égare. Là est la donne. Parfois doute le geste car les corps d'abord hésitent avant de s'élancer, se tourner et se retourner. Face à la peur de la rupture la fabuleuse évasion se met à démembrer le temps quand l'horizontalité s'impose, agite les pages des draps et mâche les mots. Sous la langue un peu de répit du verbe pour une autre promenade des salives. S'ouvre la bouche où se lie l'écho. La peur est que personne ne réponde et que seul le silence ose demain ou que s'invente un autre au firmament de l'éloignement. Pour lui ne va ce corps qu'à sa peau. Tout est à prendre de la chair et qu'importe l'ourlet des souvenirs avant que file, file l'aiguille. La bobine tourne la tête, il faut que le corps tienne en de tels essayages. Boutonnière aux lèvres, ganses aux paupières, crochets aux rêves. Dessous, dessus, dedans. Et demain, silures au ventre, jarretière du jour  - pour ainsi dire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo de Véronique Sablery