gruyeresuisse

24/05/2022

Les roses de personne  de Tatsuo Suzuki

Suzuki 2.jpgLes images de Tatsuo Suzuki, à travers les rues de Tokyo,  font passer du paroxysme de l’idéal à un abîme. Elles ne cessent de nous aiguillonner de leur germination figurative et poétique mais selon la fabrique de perspectives que nous voulons ignorer et qui depuis le japon rampe vers le tronc de nos heures. De telles images laissent une trace, une odeur,  une hantise. Tatsuo Suzuki - en digne héritier de Ozu - sort les êtres de leur coquille.  
 
SU 14.jpgRefusant tout repli il crée des portraits dont le noir n'est ni celui du deuil ou de la mélancolie mais parfois la saine méchanceté lorsqu'il s'agit de lutter pour sa survie. Les femmes représentées sont familières d'apparence mais sauvages et témoignent toutes de la condition humaine. Les voir  revient  à décrypter notre infirmité. Preuve que Suzuki  est un poète lucide. Pas besoin de métamorphoses pour décrypter le monde. Un regard suffit.
 
Su 9.jpgCelui d'un tel créateur prouve combien chacun se bat non sans ambiguïté. Cela appâte notre inconscient, le concentre ou le perce. En rappelant que l'homme est un paquet de viande et de nerfs, une masse visqueuse que le photographe abandonne hors champ après avoir  saisi le sens de notre moindre.   Photographier revient donc à s’arracher à l'erreur mystique. Car ce  qui habite l'être n'a rien à voir avec dieu sauf à penser que l'animal détient lui-même une spiritualité. Ou qu'il est un Narcisse mélancolique. Ce qui - il faut bien l'avouer - peut se discuter mais n'est pas inéluctable. Suzuki est là pour le rappeler dans son devoir de drôlerie et de monstruosité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Tatsuo Suzuki, "Tokyo Street, vol. 5", Tokyo, tatsuosuzukicom.stores, non paginé, 2022, 29 E. .

Commentaires

Tokyo par Tatsuo est un zoom noir et blanc sur le tropiot ( ni homme ni bête ) .
Génie , poésie et drôlerie de Suzuki dont JPGP sait traquer le problème de la spiritualité .

Écrit par : Villeneuve | 24/05/2022

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