gruyeresuisse

09/05/2022

Sous la jupe des femmes 

DIVOY.jpgSous la jupe des femmes le corps féminin est en lumière. Mais pour cela il faut défaire la ceinture du langage afin qu’émerge cet au-delà, cet en-deçà. La pornographie - si pornographie il y a -  prend alors un nouveau sens. Dans le dédale du noir surgit une blancheur d’écume et aussi une bonne dose de critique du monde tel qu’il est.  Au creux de la surface les mots multiplient les découpes, les esquisses et les coulées. Parfois à la recherche d’un effacement ou à l’inverse par l’accentuation de détails, d’accidents de parcours qui soulignent néanmoins le miracle du réel en montrant non ce qui se cache. Dans une époque où tout devient superficiel du côté des images le langage n’interrompt pas certaines rêveries. Elles prouvent que les êtres ont besoin d’une familiarité avec des digressions. Le pittoresque prend aussi un  nouveau sens afin de rendre la beauté plus "compère" comme disait Michaux. Elle ne répond plus forcément aux principes en vogue mais ses traces deviennent des phosphènes. dIVOY 2.jpgC'est par les mots réapprendre à voir en une fable divergente qui ne cache rien de ses manques. Dilutions, resserrements montrent les rides comme "traits de génie" dans une blancheur de neige ou un noir profond. Dès lors la surface des images est profonde tant ce qui y est glacé laisse apparaître des traces, des empreintes, et des filatures. Surgissent bien de doubles sens et qu’importe s’ils courent le risque d’être compris qu’à moitié.  Refusant le chant d’une communion collet monté, une telle littérature devient brûlante de mille mots. Elle plonge et immerge dans le corps. Ses genoux s’ouvrent sans pour autant qu’Isis s’abandonne. Par l’écriture le corps touche à l’origine du monde. Toutefois il ne s’agit pas de faire avaler les alouettes à la Courbet par courbettes.  L'écriture doit rester action où l'oeil se transforme en visage. Il s'agit de broyer des images et du langage en cette pierre à moudre. Ce corps à corps  le féminin l’augmente là où tant rêvent d’en affiner les épaules par imposition et modelage des mains. Isis n'est plus offerte alors aux  loups de la consommation ou du machisme. Il s'agit donc de soulever non seulement sa robe  mais surtout le feu de ses mots. Beaucoup les délaissent par mégarde car ils les croient trop simples. Il faut s’en emparer pour une grand-messe. Elle n’a rien de sacrée. C’est le charme d’Isis. Elle refuse de fondre en larmes choisissant le plaisir qui s’ouvre par la fable en se mettant à table avec une telle affable.
 
JP Gavard-Perret
 
Collages de Michèle Divoy

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