gruyeresuisse

30/04/2022

Isabelle Sbrissa et la primesautière

Sbrissa.jpgIsabelle Sbrissa n’est pas de celles qui bricolent dans l’inutile ou le superfétatoire même lorsqu'elle aborde le conte. Poétesse de la rudesse et de la nature comme son maître Ramuz,  pour elle dehors n’est jamais loin.

 
Suivant son héroïne elle décrit ce qu'elle fait et ce qu'elle dit. La conteuse s'en amuse via divers gauchissements astucieux  chargés en Quintonine  au milieu de lupins  comme de sa lignée parentale parfois réticente à ses frasques.
 
 
Sbrissa 2.jpgTout peut sembler, le long de tels fragments, en bric, broc et en vrac. Mais de fait l'ensemble est couturé au point de croix créatif suisse qui rend à l'héroïne un corps et une âme multiple.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Isabelle Sbrissa, "Le voyage d'Alina - un conte", coll. Disparate Editions Nous, Paris, 100 p., avril 2022, 14 E..

L'appeau

Al Varlez Collage.jpgPrudente, elle prévoyait toujours qu’elle-même pourrait céder à la précipitation sans pouvoir présupposer jusqu'où pourrait aller sa résistance. Elle comptait d'ailleurs plus sur l’exaspération de l’attente que sur l’indétermination de son partenaire. Caresses à travers les dessous chics et jeux du toucher retenus lancèrent très vite l’aventure qui germait au bout de chaque geste plus ou moins défaillant de son exécutant. Pour le mettre en jambe elle ignora tout de la pudeur sinon pour la cultiver comme excitant propice à une mise en bouche qui très vite porta la tension au plus haut et ce sans qu'elle ne se prive des crudités qui émaillaient son propos au moment de l'assaut, de peur qu'il cesse avant d'avoir commencé - ou presque. De telles injures tenaient lieu de recommandations qu'il s’agissait de suivre avec ponctualité. Le désir pour qu'il se transforme en plaisir devait donc être outrageusement commenté et ce jusque dans l'étroit canyon soumis à la gaule oiseuse de son orfèvre dont la précision tenait à la fois de la réserve mais tout autant de l'appétit le plus vif. Pour peu chacun aurait pu penser qu'il embrassait sa mère même si la susdite se révélait revêche à ces maudits travaux. Les louer reste néanmoins une noble tâche. Aucun rabat-joie ou abat-jour n'empêche d'offrir des mains baladeuses au hâle de l'appeau. Que les censeurs radinent en meute n'y change rien : il est temps de serrer le vice. Parfois c'est trop rapide mais jamais ennuyeux.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Collage d'Al Varlez

29/04/2022

Les mouvements centripètes et centrifuges de Rebecca Brodskis

Brodkis.jpgRebecca Brodskis, "Equilibres",  Fabienne Levy, Lausanne, du 12 avril au 4 juin 2022.
 
Rebecca Brodskis, ne cesse de déplacer nos notions visuelles et mentales. Pour sa première exposition personnelle en Suisse, l'artiste présente un ensemble d'oeuvres contrastées même s'il existe en elle d'apparentes similitudes et ressemblances.
 
Brod 2.jpgLes mouvements des personnages sont extrêmes. Ils demeurent toujours au bord du changement. La couleur y revient en superposition, et tout navigue en un état parfais stable et parfois mouvant. D'où cette impression d'équilibre propre au balancement qui entraîne forcément déséquilibre.
 
C'est aussi une manière d'imager et d'imaginer notre psychisme qui navigue sans fin entre divers états. Existe tout et son contraire : espérance et angoisse, fixité et mouvement. Le tout en une correction continue des excès, une lutte entre les énergies divergentes. Les équilibres n'apparaissent donc que par la confrontation de forces opposées. Même si finalement tout repose sur une unité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret