gruyeresuisse

21/03/2022

Gît boulée

Varlez.jpgC'est dans un autre univers et en regardant sur son épaule que se jette le sel sur la neige. Le temps l'asservit mais soudain la voici délivrée :  bientôt icelle ruisselle sur le tailleur de ma Polonaise, se colle à ses cuisses avant que celle-ci rejoigne - sur le lit défait mais ainsi préparé à l'accueillir - deux bras d'un même fleuve pour qu'elle se retrouve jupe déployée comme un essaim. De blanc le ciel devient bleu et  l'infini y prend rivage en un cercle qui tient place de feu. On dirait soudain que le torride n'a plus d'âge. Il prend par surprise pour envoûter. Ici l'inquiète consent d'aimer les flots où deux corps se serrent. Mains s'attardent d' impatiences et les désirs ne savent pas vraiment ce qu'ils dénouent - sinon la lumière, les dons, les appels et les consentements hâtifs et éternels. Qu'importe si les  promesses seront  non tenues : tout se tend, se creuse, cherche dans l'ombre la soif puis l'ivresse. Le temps s'arrête entre les lèvres. L'accord se consomme, s'invente, redouble l'émoi de deux moi qui s'étreignent et s'accueillent. En deux  se réinvente l'origine. Les mains forment une coupe : chacun boit près de la soif de l'autre puis laisse l'eau couler sur son corps avant d'autres giboulées et l'ite missa qui signe la trêve d'une brûlure à perpétuité. Elle fait de la mariée d'un seule soir la passagère d'une odyssée dont le compagnon ressassera l'improbable histoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collage de Robert (Al) Varlez

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