gruyeresuisse

17/01/2022

Aube tension

Maurin 2.jpgEn-deçà des mots les corps s'attirent de désir.  Ce que l’on peut en dire n’est rien à côté de ce qui se tait, se caresse. C’est une attente irrévocable, réciproque : on commence sans jamais finir après avoir tant patienté pour toucher ce qu'on attend depuis toujours. Là il faut entrer et s’en saisir. Au fond du paysage, l’ombre éteinte des morts enfouis nous rappellent à la vie. L’issue à ce qui se dérobe est là derrière les claires-voies, dans la chambre clairière des sens. Ce que nous recherchons depuis toujours est là. Nous serons dignes de notre enfance et de ce qui ne se paie pas de mots. Présence si attendue que parfois nous croyons l'avoir déjà vécu dans une de nos défaillances qui ne guérit de rien mais espère toujours. Et le plus nécessaire que la vie même.  Peu à  peu les mots éperdus ne séparent plus, ils reviennent et sont là. Ils se ramassent, s'offrent, se partagent. L’obscure tension s’est résolue. Une charge électrique s’accélère, l’intensité offre ses grâces dans l’odeur de l’excès de deux dermes. Volume et la résonance traversent le silence des caresses, épuisent l’eau de l’émotion. Si quelque chose éclate c’est le plaisir. Cette part inflammable qui relance le corps et ses mots soumise au poids sourd de la voix.  La langue est un puissant stupéfiant. Au petit matin  : "écris-moi". "Oui…En Yiddish ?"  "Non en l’arrière-plan du jour passant".
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(photo de Jean-Pierre Maurin)

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