gruyeresuisse

14/01/2022

La tentatrice chauve

Vugh.pngEcrire par digressions, vivre de comment taire. Ecrire c’est dériver. Commencements sans fin - ceci n'est jamais une "oeuvre" tout au plus une pièce apportée. Elle peut manquer de sel mais pas de mauvais goût. Et de bavardage non plus. C'est interminable et inutile. Car les redites disent ce qui ne se pense pas. Une parlerie s'échappe. Un texte ne sert qu’à commencer un autre. Ils s'emboitent, s'engagent les uns dans les autres là où les mots monologuent à l’infini, chacun pour leur compte, sans même s’écouter. Chaque fois il s'agit de repartir, se répèter. Aller sans retour et sans croire pour autant qu'il existe de nuances à exprimer. Sans oublier néanmoins de penser à biffer au sein de cette vacation farcesque et cette vocation à s’étendre, se traîner d'îles en îles, et d'Elles en Ils et un cours insensible qui déborde les rives. Remous plus que relief. Pour la musique et le bruit que ça fait au milieu des synonymes et des variations. Voilà pour la litanie. Elle n'a rien de miroir fertile de la pensée. Cette dernière est à chercher ailleurs. Ici c'est le voile, la parure du silence. Nous aurions même pu nous contenter de moins en une mise au régime par boulimie de vice et vengeance de la nature sur la volonté des âmes fortes. C'est juste la manie d'une inclination naturelle. Elle n’a plus de limite.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dessin de Marin Vaugh-James

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