gruyeresuisse

18/12/2021

La mort y bonde

Daudé 2.jpgBaissés, abandonnés, abasourdis, sonnés, abâtardis, abattus, abcédés, oberrés, abêtis, abhorrés, abîmés, adjurés, blablatés, ablutionnés, abolis. Bref être enfin ce qu'il fallut pour rester dans ce faubourg où était déjà advenu ce que nous devenions avant de naître en tout ce qui échappait. Ne rien retenir, accomplir ce qui nous agissait. Nul espoir d'aspirer à devenir nous-mêmes puisque nous n'avons jamais été même dans ce qui nous arrive.  Le "si tu le fais, fais-le bien"  devise des familles du quartier n'était que fable obscène taguée sur le mur crépi à la tyrolienne de la maison la moins laide ou incisée sur  les verres où baignaient soir venus les dentiers de nos grands-pères. Nous ne craignions même plus d'être comme ils furent. Le tout sans chialer puisque nous n'arriverions à nous souvenir de ce que nous ignorions. Mais  nous n'avions plus peur de rien. Ici, dans ce cul de Freebourg, nous allions partout  nulle part. Nous ne nous sommes jamais souvenus de ce que nous aurions pu devenir eu égard aux hommes démultipliés en fléaux du monde et bourreaux tant qu'ils ne se seront pas souvenus qu'ils sont leur propre maladie et leur véritable vérole  jusque dans leur plus petite ombre. Voici comment nous égouttons notre prétendu devenir en ce que nous estimons être le présent. Nous le trouons de mots pour sortir victorieux du tombeau des nôtres pour envisager la victoire de la parole sur un crime qui a toujours eu lieu. Telle est l'histoire du faubourg  où nous avançons sans pouvoir marcher sinon à l'aveugle. Nous voici regardant, les yeux fermés, l'espace de dehors et du dedans . Ce qui  effraie n’est pas le chaos de l'un, ni le labyrinthe de l'autre  mais leur absolu rangement.
 
Daudé 3.jpgNous attendons un ordre dans les mots, nous attendons une ode dans le temps.. Ce qui fait peur n’est pas le chaos de l’infini, du présent, ni celui de l'ici et du là-bas, ni l’absent, mais le fini et  le semblable, l’insondable de la matière quand il nous arrive de croire que le monde physique est un langage. Ici nous vivons la tête pleine de horions  dans son cadavre d'entre toutes les flammes. S'éberlue la viande vidée de pleurs. Elle aime dit-on la pensée, ses yeux, sa cire froide, sa toison pile-poils. Notre pire ennemi c'est elle puisque pour nous elle fait sous elle et reste sans voix en son branle-bas qui espère pourtant une joie débordante - zone de non-lieu où se marient la carpe et le chien. Et nous voici des fils venant à se reproduire des descendantes qui ont hérités d'une moitié de leur mère et en restons mitoyens.  Remariées elles donneraient naissance à des chiots. Ils seront noyés si deux mains peuvent s'en emparer en les emportant par les pieds  pourvu qu’ils ne portent ni écailles, ni ongles fendus, ni grands poils.  Et ce jusqu’à l’extinction de mille générations de descendants mâles obtenus par - du moins dit-on -  l'infame.
 
Jean-Paul Gavard-Perret.
 
(Photos de Marie-Ange Daudé)

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SUPERBE !

Écrit par : Villeneuve | 18/12/2021

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