gruyeresuisse

06/12/2021

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sa 2.jpgPourquoi et encore élever la voix ? Ne reste qu'à penser sans fin (enfin presque) et tendre l'oreille pour entendre ce qui ne cessera plus de résonner à travers le silence (toute parole le creuse en estimant le tutoyer). Blanchot et Beckett l'ont prouvé, portant  la parole des reclus du silence. Les deux en tiers incomparables dégagés de toutes les rumeurs, images et immédiateté des médias. Dans leur réserve et invisibilité, détachés des fétiches négociables, ils ont parlé l'éloignement. Preuve que le vrai engagement passe par le silence. Là se trouvent le familier si étrange, si étranger inaccessible, infiniment loin de soi, mais tout autant proche et intime. Les silences sont la respiration nécessaire de l'ellipse et de la discrétion. Rien pour les interrompre. C'est éviter les écarts de la plainte et du pathos. Ne pas y entendre une victoire jubilatoire de la vie sur la mort, mais l'acquiescement à ce qui vient limiter le possible et tout pouvoir. Sablery 5.jpgLe tout en se rendant maître de la non-maîtrise des mots qui toujours se retournent sur eux-mêmes et démentent  par leur démence la supercherie de toute dialectique. Nous en connaissons les signes. Seule la singulière gaîté du silence lui répond même si les oreilles ne sont pas assez fines pour y être sensibles. C'est pourtant le lieu de la  méditation philosophique et la fiction poétique. Dès que les mots arrivent, germent le morbide et le léthal. Seule la musique du silence reste la séquence extraordinaire pour affirmer sans fin le souffle si souvent coupé, interdit, étouffé près de la  mort toujours imminente, toujours  impossible jamais dépassée même si l'inconscient ne saurait se représenter notre propre mortalité. Sablery bon 3.jpgC'est dire notre misère, notre temporalité et notre patience sans attente. Ainsi le silence reste au-delà de ce que nous entendons. Nous en endurons la joie, la scrofule jusqu'à disparaître dedans d'abord sans mourir puis n'y pensant plus lorsqu'elle est arrivé en réponse au "Je suis vivant. Non, tu es mort."  ("l'Instant de ma mort", Blanchot) qui en finit avec tous les anniversaires. Il en existe, paraît-il, de plus mémorables que d'autres. Rien n'est sûr cependant. Aux sonneries préférer la corne du  silence. Et tirer le  rideau. Ce qu'il cache ne constitue jamais un événement. Contre les mots le silence est là de toujours. Fût-il interminable, nul ne saurait ici mesurer l'ampleur d'un tel devoir et savoir. Sableriy bon 4.jpgCar le silence souligne tout, entre les phrases, par les intervalles et non les termes du discours jusqu'à ce point de non retour où les êtres dans un dernier effort racle à force de fatigue de quoi le fermer." D'où la "Voix" de "Pas"  chez Beckett. Parlant du silence  elle émet un  : "Je t'ai entendu dans mon sommeil profond. Il n'est pas de sommeil si profond qu'il m'empêche de t'entendre". C'est par lui que tout commence. L'Imaginaire déploie une poésie sublime en cette partition non complice des mots. A Cioran  séduit par le silence, mais n'osant y entrer, et rodant seulement à sa périphérie "répond" Beckett seul écrivain à y plonger, en poussant  la fiction, la poésie, le théâtre , le cinéma et la vidéo  dans  un paroxysme indépassable, sans possible retour. John Cage le reprendra dans le seul art que l'Irlandais n'osa toucher.

 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(Oeuvres de Véronique Sablery)

Commentaires

La grâce de la foi est janséniste . La grâce des mots est Gavard-Perret-iste . Mais il faut le talent inimitable de Véronique Sablery pour une fidélité JPGP de 25 ans .

Écrit par : Villeneuve | 12/12/2021

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