gruyeresuisse

04/12/2021

Pour faire en sorte que

Martine warner.jpg"Il est 12 heurts 21" dit la voix. Les mots devraient lui demander d'arrêter. Une telle moindre affirmation semble pourtant imparable tant elle paraît  naturelle à  qui nous sommes. Ce sont les cendres de nos poussières   Ou plutôt une farce plus ou moins obscène qui de fait est le déplacement de nos inquiétudes, une attente et un oubli qui met en charpie la plaisanterie d'Heidegger  selon laquelle "’homme est homme en tant qu’il est celui qui parle". Bien sûr chacun fait en sorte qu'on puisse se parler en un poing commun. Mais à qui et pour quoi ? Le déploiement de mots n'est que dégaine. La parole plie, se délie, se tord comme une 8re  - surtout chez ceux qui tentent en incrustes assez de convaincre et  porte leurs mots comme un graal. Pensons aux beaux parleurs, aux tribuns politiques qui se foutent autant de nous que de l'heure. "Il est 12 heurts  21" dit la voix qui comme chacun parle surtout pour s'entendre parler et s'assurer d'exister en un tel nuage, nouage, lien qui se veut relation. Et chacun d'espérer n'être pas inter-rompu  dans l'impossibilité de l’échange comme dans les bars sinistres des hôtels. Au moins chez le dentiste chacun bouche ouverte la ferme. Assumons au mieux qu'un simple transfert d'informations hale yeux. Mais  dès que l'âge de raison est acquis, nous connaissons déjà assez bien l’homme pour savoir comment mentent ses comment taire. Plutôt que de croire ce qui s'énonce il faudrait savoir comment parle la parole pour savoir ce qu'elle cache. "Il est 12 heurts 21" reste vain et tacite urne. Martine Warner  2.jpgSur ce plan Lacan a nettoyé le carrelage de l'énoncé et mis à nu la matière. Encore faut-il y distinguer l'âme à tiers. Bien qu'il s'agisse qu'une vue de l'esprit par le corps qui  fait la misère. Les linguistes quant à eux ne s'en soucient guère. Ils préfèrent les fautes d'orthographe fussent-elles orales, passant à côté des heures mouvementées de ce que l'un articule et que l'autre croit comprendre. "Il est 12 heurts 21" ; la question n’est pas prioritairement  informative.  Un tel l'énoncé n'implique pas que tous les feux verts soient allumés dans ce simple processus et la procession d'un fait qui n'est toujours que de culture. Mais la plupart n'aime pas la solitude. Elle les intoxique. Il suffirait pourtant d'attendre que l'heure tourne, pour comprendre que tout heurt est une histoire de sphères : non des idées salaces et célestes mais des  mots et leur sales as, leur os à ronger. Chacun pense avec des mots non avec des idées.  Les mots les arrangent.  Mais croire l'inverse permet à tout discours de se poursuivre dans la plus belle indifférence en croyant grimper au rideau, monter à la courte échelle sinon sur la tour sinon de Babel du moins Eiffel. Qui sait ce que les mots dans leur précarité rats portent  ? A savoir que la mémoire la plus forte est toujours la plus faible,  l’encre  la plus profonde la plus terne et la voix la plus haute la plus vaine.  L’esprit vient à l'esprit par les mots que l'inconscient convoque. Même lorsqu'il  12 heurts 21. Preuve que la parole comme une robe est inséparable de son contexte.  Elle n'habille pas forcément. Elle évacue, fait hygiène. L’impensé y perdure au sein de signes qui ne signalent rien. Pas même le cygne qui symbolise le rien. Dans une tradition basée sur une sémiotique de l’être confondu avec son dire, le  langage fait pression. Il est là pour faire en sorte que. Ne lui demandons pa plus.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(oeuvres de Martine Warner)

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