gruyeresuisse

19/11/2021

La chair de l'oxydé

Cauda bonbon.jpgKiller ne m'a pas encore donné la formule de la potion magique qui guérit le mal d’amour. "Mais vous avez Ondine aujourd'hui !" répète-t-il  en refusant de comprendre son peu d'importance à côté de Josy de Lutry. Elle seule pour moi peut se comparer à la Velma de "La chair de l'Orchidée". Mais plus Gabin que Mitchum, Killer refuse de comprendre que mon inclination pour la nouvelle n'est qu’un artifice afin de supporter l’éloignement de Josy en un amour de substitution, faux comme un roman de Delly. C’est possible convient l'excuteur d'oeuvres aux sûrs sauts nocturnes. Mais le voici dans ce cas plus casuiste que caustique. Et de m'affirmer  que le mal de coeur ne se guérit qu’avec un nouvel amour ou mieux : avec un nouveau mal de palpitant. Je reconnais bien là sa duperie sarcastique. Plus que moi le Sarde doux sait que la maladie d'amour court, court sans se guérir. La victime veut  retrouver celle qu’il a perdu. En un comble de narcissisme blessé, l'amoureux éconduit se complait dans sa douleur. "S'amouracher d'Ondine à toute heure c'est juste améliorer l’image de moi-même mise à mal par le départ de Josy" lui dis-je. Cela échoue comme échoua aussi, tristement, ma relation avec Hélène, par trop belle. Et en poussant plus loin  celles avec Marguerite de Savoie, Anna et ses soeurs, Roméo et Juliette, Poltrone et Sofia sans parler de celles que j'ai oubliées. Toutes ces amours furent  purement romanesques, mensongères comme un  film d'horreur. Mais Killer d'ajouter qu'il ne comprend pourquoi je vois des démons derrière les femmes les plus célestes. Cauda bonbon 2.jpgSi c'est le cas me dit-il "vous auriez dû faire comme moi : les passer à la baïonnette de la métaphore".  "Sans cela il n'existera pour vous pas la moindre guérison. J'aurais perdu mon temps et afin de ne plus en perdre je ne peux que vous engager qu'à l'auto-destruction. Car jusque là, vos outrages en salle de bains pour dessaler vos morues sentent un peu le bâclé"  ajoute le poilu des tranchées en vert dune. "Au moins ne ratez pas votre final en le faisant à la diable" assure le Méphistophélique  qui, de bonne foi, m’imagine déjà en Enfer, où vont toutes les fornicatrices et les parricides. Il m'imagine  ménestrel diurne dénoueur de pagnes des pécheresses en guy pur ou en gay parts.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Killer Suite), Encres de Jacques Cauda.

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