gruyeresuisse

08/11/2021

Cogito du terrestre extra

Cauda 3.jpgLa fable du Killer débute ici. Après les rencontres d'un troisième type, après la mort du récit familial initiatique et l’échec  de ses grands principes qui expliquent, sauvent, protègent et rachètent ce qui lui sembla désormais une parfaite idiotie. Mais Killer ne prétendit pas pour autant qu'il n'y aurait plus d'horizon. Des revues sépias "Paris-Hollywood" lui apprirent que deux seins qui se dressent viennent à bout de la raison et de ses tabous.  Ils permettent l'hymen du frelon butineur et de la rose de tout le monde ou de personne. Qu'importe si dans l'enfance sa mère portait des salopettes en jean qui lui donnait une féminité douteuse. Elle pleurait parfois, puis criait de joie face au galopin qui le soir en douce commandait des pizzas qu'il renversait par inadvertance sur la pelouse du jardin. Pour lui la maison s’apparentait à un parc d’attraction sans manèges, rempli de bibelots avec  chien en porcelaine, coucou suisse, cactus dans des petits pots en faïence bleue.Cauda 2.jpg Il s’ennuyait, grommelait en feuilletant du Saint François de Salle. À quelques rues de là, il y avait des crapauds dans une mare. Il les endormait avec du chloroforme avant des leçons de dissection qu'il donnait lui-même - eu égard au peu d'appétence de son institutrice pour de telles opération - en se déplaçant du fond de la classe jusqu’au tableau et en expliquant où réaliser l’entaille tout en vérifiant qu’il était bien là, au milieu des enfants-tueurs et des crapauds. Ils se débattaient parfois  en commençant à se réveiller mais au besoin il les faisait fumer jusqu'à ce qu'ils éclatent. Il s’assurait toutefois qu’en convulsant ils ne s’échappent pas. Plus tard il se déguisa en fantôme, construisit des radars, s’inventa une maison lointaine dont l'image dans sa tête était en légère fluorescence. Killer savait déjà qu'il appartenait à la génération de l’avenir, celle qui donne l'atout à l'amour à l'italienne (ail et fines herbes) et au baiser à la française qu'il pratiqua à huit ans à peine tant il était chaud comme la braise. Plus tard, prenant le RER direction Paris, tous les mercredis il allait via rue Saint Lazare dans la rue de Budapest et son arc. Les hôtels  y regorgeaient de dames avenantes aux vertus minuscules. Avant, dans un petit bistrot,  il prenait du courage avec un ensemble sandwich limonade.  Le jukebox jouait Les Chats Sauvages et Gene Vincent. Certes estimait-il ça ne vaut pas le jazz mais l’avenir était là, juste en face,  pour ses testicules et son bagage mental.  Il se voulait terrestre extra et pour ce faire de telles femmes allaient lui apprendre le mode d'emploi. Il comprit qu'il n'avait pas à chercher le moindre signe pour que les choses se passent autrement et afin que  bien des  circuits disjonctent : famille, école et même crapauds qui s'endorment. Cauda.jpgEtant si proche de telles femmes  il n’en distinguait pas toujours les contours mais en faisait son ordinaire. Chacune nourrissait  l'ogre et résumait sa solitude, une solitude équivalente à celle qui nous habite ou nous habitera tous. Pauvre condition humaine se disait-il d’être uni et séparé tout en vivant la réalité, toute la réalité. En de telles moments les minutes du Killer étaient comptées mais valaient de l'or.  Fini le temps où il s'échauffait en touchant de son sexe Pépète. Elle se cabrait, explosait son pèse pourquoi et disait qu'il exagérait. "Que tu me tisses, va encore , mais que tu me pilles tu exagères. A onze ans je ne veux pas devenir mère" disait-elle au garnement qui pourrait être son petit frère. Tout ça en pure perte car Killer ne s'en souciait guère :  il marchait sur les ailes en soignant sa sortie. Etant lapin ou au mieux oiseau sans tête. Sa poulette il en n'avait cure bien qu'elle se sentit éprise mais sans pouvoir lui affirmer : "va je ne te hais point"  au bout d’une phrase où ce qui est à Phèdre n'est plus à faire. Elle restait désormais sans verbe sur la table des princes. Pour elle la planète tournait en boucle sur les bancs de cierges.  Mais pour lui ce faire ne demandait qu’à se faire - à savoir l’énigme moins l’objet. Mais lui poussait en creux dans le sentier couvert de manière éphémère.  Mais quelques années plus tard ses expertes  firent outrageusement l'affaire. D'autant que Killer ne cède rien, pense sans fin à son oiseau : pas question de lui couper la chique avant qu'il bave, décline et s'amollisse. Au besoin il éructe des mots très crus mais à ne pas prendre au pied de la lettre. De tels missions le laissaient en nage mais décuplaient son pouvoir en des barrissements clopinant au bout des poils. Le désir devint sa logique  et lui suggérait déjà l'écriture et la peinture. S'en ouvrant à une de ses patentées prêtresses, celle-ci lui répondit "tu seras artiste mon petit crapaud velu". Il comprit alors que "tu" et "seras" était une conjonction adéquate s'il ne s'endormait pas sur sa table de travail. Il était déjà introduit en ce qui sous-tend toutes les relations et les fait filer hors de leurs termes et hors de l’ensemble de leurs thermes.  Déterminé comme soldat voire deux militaires et en sachant désormais autant sur lui que sur les crapauds il donna une autre direction aux relations sexuelles et aux pratiques de l'encre et de la peinture. Sur une sorte ligne de fuite il créa activement son cogito :  "je m'essuie  (chose faite) donc je suis". L'empirisme pour lui n'eut jamais d'autre secret.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(Killer suite) Oeuvres de Jacques Cauda.

Commentaires

Cauda prix Femina + Yourcenar = Flaubert et JPGP top chef cuisinier .

Écrit par : Villeneuve | 08/11/2021

oui !

Écrit par : Cauda | 08/11/2021

Les commentaires sont fermés.