gruyeresuisse

17/10/2021

Feu, folle haie

Feu bonbon.jpgFace à face.  Le temps d'un regard. Sans vrais conscience puisque le miroir ignore tout  de ce qui fut et de ce qui sera. Juste implorer sa grâce. Pour organiser le visage, le vérifier dans sa banalité. Elle ne peut s'effacer tant ce qui est  renvoyé demeure insignifiant.  Mais juste : déjà dans les contes le miroir parle objectivement.  Nous le voyons  bien si nous sommes pas sourds et même si nous n'avons pas inventé le pistolet à peinture qui raye de noir la peau des zèbres blancs. Néanmoins sur la surface piquetée de nos vieilles psychés un certain dedans est maté­riel­le­ment éprouvé. Feu Bon.jpgTenter d'y voir de la pensée, voire d'y transformer "le suis-je ? " en certitude provisoire, cela vaut la peine. Affrontant ce témoin neutre quoique dit fracté , se distingue sans doute du présent comme s'il y était gravé. En corps et esprit nous sommes  sensé y être. Ne pas s'enfuir tout de suite même si celui qui se voit n'existe pas vraiment ou ne nous convient guère. C'est un autre.  In-défini. Irrecevable. Dif­fi­cile donc notre  travail de clair­voyance.  Manière pourtant de garder le contact. Avec l’étoile inté­rieure,  quitte à en prévoir la fin à condition que l'extinction n'ait déjà eu lieu. feu.jpgCar c'est parfois ainsi que les choses se passent. Qu'importe les tunings et les pots de crème afin que des âges se mêlassent.  Se voir, se croire voir , se croire  sans  divi­sion ni cou­pure, chair et aura, âme-stram-grammes. Notre fantôme fait masse quand l'image l'épaule  sans rien retirer de l'obscur où s’abrite le mys­tère.  Du semblable, du frère emblèmes de notre état de créa­ture nulle nouvelle. De son masque , le corps s'en dégage. Visage, que silencieux visage. Et qui n'est pas le bon.  Trace. Calque d’un écou­le­ment, d’une varia­tion. La volonté ici ne compte pas. C’est même plus une ques­tion de sépa­ra­tion dans la perception. Quelque chose la  tranche.  L'esprit touché par ce qu'il voit s'en paie une rondelle de saucisson. Chercher plutôt l'extinction ou l'étoile vers laquelle se meuvent les âmes.  De cette métaphore il ne res­tera rien. Sinon un peu de tain teint et mille "où ?" dans l'extraction d'un flux bipolaires qui nous laisse de glace.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

16/10/2021

Louise Labé précieuse non ridicule

Labbé 2.jpgA une réalité triviale Louise Labé oppose sa  poétique nouvelle née de son éducation à l'italienne qui fit d'elle le symbole de la nouvelle culture de la Renaissance. Entre platonisme et mondanité elle devint une des figures légendaires de l'école lyonnaise. Contre  la dictée biologique et contre la grammaire impérative du sexe elle préféra celle de la langue maternelle nourrie de ses apports transalpins. D'où ce chant souverain propre à rapiécer des mondes en lambeaux au formalisme exsangue.
 
Labbé.jpgD'une certaine manière, pour elle la poésie est délicieusement et profondément inutile. Elle en reconnaît néanmoins l'essentiel : écrire touche à la langue. Et celle ci forme le monde, le rend socialement habitable, entre autres en instituant une grâce à l'amour. Dès lors rien de plus utile qu'une telle poétique. Elle résiste au mâle discours des classiques en introduisant des vagues de rêves contre la raison castratrice. La féminité du monde  se crée en ouvrant aux êtres des chances de liberté.
Labbé 3.jpgLe tout dans la fonction sublimante de l’effort poétique. ll s'affaire à traiter d'un certain malaise dans la civilisation de l'époque et des excès d'une sexualité animale. Le sujet qui parle n’est pas seulement un je individuel, subjectif. Ce n’est pas pour autant un "nous" fantasme d’élocution collective. Parlons plutôt de logiciel d'un nouveau genre poétique.  Il traite à sa manière de l’histoire et des formations culturelles. Il désordonne une linéarité empesée et grasse, la découpe, la recolle dans une sonorité qui n'appartient qu'à Louise Labé : c'est la trace inspirée de son  âme  verbalisée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Louise Labé, "Oeuvres complètes", Édition de Mireille Huchon, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, octobre 2021, 736 p..

Le chant des "sirènes" - Francisco Meirino, Jérôme Noetinger, Matthieu Saladin  et Juliette Volcler

Sirènes.jpgComposé de Francisco Meirino, Jérôme Noetinger, Matthieu Saladin  et Juliette Volcler, créé en 2018, "Les Sirènes"  est un collectif d’intervention protéiforme sur la critique sociale du son. Il a pour but d'analyser et de questionner les mythes auditifs qui traversent notre monde, les formes de domination ou de résistance construites par le son et la façon dont ce dernier peut produire ou détruire du commun. Le groupe présente son livre au 20 ème LUFF de Lausanne du 20 au 24 octobre 2021.
 
Le groupe utilise des outils artistiques aussi bien que théoriques. Son objectif est aussi  à susciter des expériences d’écoute distanciées et spécifiques à l’espace dans lequel elles s’inscrivent. Si bien que le chant de telles "sirènes" est moins un piège qu'une alarme.  
 
Pour preuve ce livre "Fiche technique". Son texte est fait pour être  lu dans un micro pour être diffusé par des haut-parleurs. Il s'agit d'une boucle. Il décrit la chaîne électroacoustique dans laquelle est pris ce discours. À chaque nouveau tour de boucle, le texte entre de plus en plus dans la description détaillée de chaque composant comme du contexte institutionnel, économique, politique et social de cette énonciation. Existe là une expérimentation des plus pertinentes de ce qui est donné à lire et entendre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Francisco Meirino, Jérôme Noetinger, Matthieu Saladin  et Juliette Volcler, "Les Sirènes" coll. Rip'on/off,  "Fiche technique", Van Dieren éditeur, Paris, 2021, 15.00€. Le Luff, 20ème édition, Lausanne, octobre 2021.