gruyeresuisse

23/10/2021

Que fait la peinture ?

Cauda bon 2.jpgDans le ciel d'orage de sa tête, Killer bute sur des ombres lascives, voluptueuses, obscènes. De tels fruits de la passion voguent en plumes de cabaret. Leurs ongles au rouge Chanel griffent celui qui sans craindre rien, trouble les silences, les peints en rouge et noir - avant ou après avoir rendue aux rondeurs les honneurs qui leur sont dues. Killer joue l' as assassin mais ses prétendues victimes rigolent bien.  Derrière la pose altière du sombre minotaure qui renverse les beautés sur des rocs, son acier trempé s'il a l'éclat du verre n'est fait que pour la gloire du ciel de lit des fleurs égarées au col rose sous manteau noir. Pour autant le magnanime, jambes lourdes, mains abimées par ses mises en abyme, invente en ses tableaux des apophtegmes persévérants. Preuve que l'art permet une vie singulière rythmée d'aiguilles d'horloges. Elles cliquètent aux fièvres des maisons closes ou ce qui en tient lien. Nul ne sait si l'on change les draps après, mais sur les toiles du Killer il s'agit de dessiner au-dessus des décombres des nuits visibles et de l'invisible mort. Chaque fois se dit l'artiste : "allez, encore un effort", là où sa carotte cuit au dedans de celles qui sentent en cette mouture monter non la moutarde au nez mais une joie promise. De telles natures rendent l'existence vive et le peintre en son humble bure de peau vive rend à de tels émois d'immortels échos. Ombres, velours et moires : tout est prêt pour un strip-tease qui n'est pas que de l'âme. Cauda bon.jpgCar dès que Killer s'installe la vie n'est pas ailleurs et des pipes se taillent. Elles rendent forcément toute parole improbable sauf à de quelques interjections en "oh" et "ah". Mais la main de Killer s'active, au fusain ou avec pinceaux et tubes. Il y a là un peu du bleu silence du Greco mais surtout des chairs roses en ces endroits où la chose se passe jusqu'au petit trépas. Devant les femmes le peintre et poète - hanté du poison doux de l'antre, jamais las du son des couleuvres qui s'avalent dans la pénombre, besogne. Des servantes au grand coeur dont il n'est pas jaloux, il déguste leurs volumineuses légumineuses et s'agrippe à leurs flancs de mercure. Rien ne peut s'écailler de peur ou d'inquiétude en ce qu'il crée. Le bel ouvrage ajoute au monde un dessein de cruelle beauté.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(Killer, suite) Oeuvres de Jacques Cauda.

Les commentaires sont fermés.